Résultats Eurodisney 2015-16 : Une chute sans fin

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Résultats Eurodisney 2015-16 : Une chute sans fin

Message non lupar Simplet » 17 Nov 2016, 17:30

Les résultats annuels publiés le 10 novembre ont donné une image très sombre de la santé financière de la société possédant le Resort francilien. Avec une perte de 705 millions d’Euros, nous nous retrouvons plus de 20 ans en arrière, en 1993… Le discours met en avant les attentats et autres événements de la période pour expliquer la très mauvaise performance. Voyons ce qu’il en est.

Les charges d’exploitation explosent une nouvelle fois. Lorsque l’on sait que la plupart des charges sont variables, c’est-à-dire qu’elles sont fonction du chiffre d’affaires, cela est vraiment mauvais, car le chiffre d’affaires a connu une baisse non négligeable (-7%). Les charges auraient donc du connaître une stabilisation à défaut d’une baisse que tous les actionnaires auront rêvé de connaître une fois dans la vie tourmentée d’Eurodisney SCA…

Le résultat d’exploitation est parmi les plus mauvais de l’histoire de la société à -242 M€, un chiffre qui quadruple d’une année sur l’autre ! La direction me paraît avoir délibérément décidé de laisser filer le déficit. Soit pour forcer la WDC à réagir, soit pour préparer une sortie très rapide des minoritaires en leur donnant une image dégradée de la société… à moins que ce ne soit un peu des deux !

Les amortissements augmentent sensiblement du fait de mises au rebut importantes consécutives aux nombreuses rénovations.

L’EBITDA est, pour la première fois depuis que nous disposons de cette donnée, en négatif. Autant dire que l’exercice a dépassé le stade du mauvais résultat pour atteindre celui du catastrophique. L’activité ne produit même pas de marge…

Les dépréciations d’actifs pour 565 millions plombent sévèrement le résultat. Si le discours de la société se veut rassurant en précisant que ce ne sont que des écritures comptables n’entrainant aucune sortie de trésorerie, et que c’est par transparence et prudence que la réévaluation des actifs a été effectuée, la réalité me paraît nettement moins rose. Il faut savoir que le groupe Eurodisney possède 4 types d’actifs : des titres (EDA, ED Hotels, Village Natures, etc.), des terrains, des immeubles et des attractions. On ne peut pas déprécier les terrains réglementairement. Donc elles ne peuvent porter que sur les 3 autres types d’actifs. Comme les titres seraient annulés en comptes consolidés, il ne reste que les hôtels et les attractions. Le test a conclu que la dépréciation devait porter sur 33% du montant des actifs, ce qui est tout sauf négligeable. Chaque actif est estimé à son prix d’achat puis subit un amortissement chaque année. La décision prise indique clairement que l’activité ne permet même pas de couvrir les amortissements. La conclusion que j’en tire est que le prix payé pour obtenir ces actifs a été bien trop élevé. Inutile de dire à qui profite le crime une nouvelle fois. Le discours officiel est bien différent. Pour lui, c’est l’activité trop faible, et en particulier la chute après les attentats, qui entraîne cette situation. Or la dégradation de l’activité n’est pas nouvelle, il suffit de voir les augmentations de capital diligentées et les résultats calamiteux des 10 dernières années pour s’en convaincre. Une nouvelle fois le discours indique délibérément la mauvaise direction. Il précise que si l’activité redémarrait fortement une reprise sur ces provisions pourrait avoir lieu… Vœu pieu s’il en est.

Comme vu avec l’EBITDA, les flux de trésorerie liés à l’exploitation sont négatifs. Cela signifie que gérer le parc a entrainé des pertes AVANT prise en compte des amortissements. Et dire que certains souhaiteraient que l’on augmente les investissements… Il faut au contraire restreindre les dépenses et bien entretenir l’existant, ce qui n’a pas été fait convenablement pendant trop longtemps.

Pour la première fois depuis longtemps, la dépense par chambre baisse. Pas de beaucoup, certes mais elle baisse. Tout porte à croire que l’on arrive au moment que j’avais prédit où la hausse des prix n’est plus suivie mais uniquement subie par les consommateurs. C’est ainsi que le budget n’étant pas extensible, les achats annexes diminuent et la catégorie de l’hôtel baisse. Surtout que cette baisse semble montrer un déplacement de plus en plus significatif des visiteurs vers les hôtels partenaires. A voir en 2017 si avec l’anniversaire ces tendances se confirment ou non.

Le chiffre d’affaires des parcs à thèmes a baissé de 10%, largement plus que le village et les hôtels (4%). Il y a certes les répercussions des attentats, indéniables. Mais ce qui a été délibérément éludé par la direction, c’est le très mauvais bouche à oreille des réseaux sociaux. En 2016, tout le monde fréquente internet et s’informe avant d’aller quelque part. Et le parc 1, avec tous ses travaux de rénovations et les fermetures d’attraction, a engendré une image détériorée de la destination. La clientèle potentielle a préféré décaler sa venue à l’année prochaine, où elle pourra en outre bénéficier de nouveautés. Là encore, à moins d’une catastrophe le prochain exercice ne pourra qu’être meilleur.

Les autres revenus ont connu une hausse sensible en raison des remboursements d’assurance. Néanmoins ce poste devrait bénéficier des nouveaux partenariats ouverts en vue du 25 anniversaire. Ainsi celui avec Renault n’est que le premier qui devrait être annoncé bientôt une fois tous les contrats signés officiellement.
Les frais généraux continuent leur marche en avant sans modération (+10% !). A rapprocher du résultat d’exploitation. Il va falloir quand même se poser un jour la question de savoir si tous ces frais sont réellement justifiés…

Les flux de trésorerie liés aux opérations d’investissement nous donnent deux éléments : tout d’abord sans surprise les réhabilitations et « update » ont entrainé des dépenses importantes. Mais dans le volume, 15M€ vont aux Village Nature qui, en raison des retards, subit un décalage de trésorerie que la filiale à 50/50 avec Pierre et Vacances doit combler. Décidément, quand rien ne veut tourner…

La quote-part des sociétés mises en équivalence aux résultats est une perte provenant essentiellement des mêmes Village Nature. Même cause mêmes effets, les retards ont engendré des retards de chiffre d’affaires et sans doute certains surcoûts. Cela alourdit la perte du groupe de 13M€.
Le montant des immobilisations acquises sur l’exercice est conséquent mais il ne reprend que les nombreuses réhabilitations effectuées sur l’exercice.

Finalement que peut-on en conclure ? Que rien ne change sous le soleil Disneyen. En effet, les résultats sont dans la droite ligne des précédents. La société fait toujours face aux mêmes problèmes : des charges toujours plus importantes (11,6% du chiffre d’affaires cette année pour le marketing !) et qui progressent beaucoup plus vite que le chiffre d’affaires.
- Une trésorerie qui fond d’année en année du fait des besoins de rénovation et d’investissement.
- Une direction qui n’est là que pour obéir à la maison mère, dont on connait l’attachement à son parc.
- Un conseil de surveillance chargé de défendre les actionnaires et qui n’est malheureusement qu’une chambre d’enregistrement. Il n’y a pas besoin de rechercher très loin dans les discours pour s’apercevoir que celui-ci est maintenant totalement discrédité : « Débarrassée des banques, la société va pouvoir investir ». « Avec l’augmentation de capital, nous avons sauvé la société ». « Nous sommes confiants dans la réussite à long terme de la politique menée par le gérant ». Au vu des derniers résultats, un sacré coup de balai s’impose. Bien sûr, il n’aura pas lieu. La Walt Disney Company tient fermement le manche et n’a pas l’intention de se séparer des moutons.
Malgré tout, en tant qu’actionnaire ultra majoritaire, elle se retrouve à devoir supporter le plus gros de la perte. Et à devoir enfin assumer certaines responsabilités. C’est ainsi qu’enfin, devant le désastre, elle a décidé de renoncer aux royalties et aux frais de gérance pendant 2 ans. Il n’est jamais trop tard pour bien faire même si dans le cas présent, cela n’améliorera pas grand-chose pour les actionnaires.

Car le calendrier se précise : la société cotée doit voter la continuation ou la liquidation des filiales EDA et ED Hotels en mars 2017. Nul doute que la continuation sera votée. Cela nous donnera 2 ans pour recapitaliser. C’est insuffisant pour améliorer les capitaux propres par l’exploitation et nous ne serons donc pas en capacité de le faire. Que va-t-il alors se passer ?

Petites informations pour vous aider à répondre :
2 ans d’abandon de royalties (jusqu’à fin 2018), le Prince Al Waleed qui se donne 2 ans pour réfléchir à l’avenir de sa participation (jusqu’en février 2018, en gros), une trésorerie sous perfusion des avances de la Walt Disney Company, etc.

Après nous avoir indiqué la porte avec mépris fin 2015, il apparaît que les derniers irréductibles vont se retrouver dehors sans grand ménagement avant fin 2018…
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