Mick, j'ai un gros problème: tes propos m'ont presque convaincu!
Du coup, pour pouvoir défendre une position inverse à la tienne, je vais devoir monter un scenario fictif empreint d'une mauvaise foi des plus notables. M'enfin, l'expérience peut être enrichissante et pourrait nourrir le débat, alors je me lance en commençant par dresser une analyse somme toute assez différente des chiffres que tu avances (dont, je précise, je n'avais connaissance avant ton intervention). Débutons par quelques calculs simplistes:
Nombre d'actions détenues par les membres du club : 4000 x 117 = 468000 titres.
Valeur titrisée détenue par les membres du club (sur la base d'un titre coté à 4,2€) : 468000 x 4,2 = 1965600€
Valorisation totale du titre : 163310000€
Conclusion liminaire: à ce jour, le poids des membres du club actionnaire est famélique relativement à la valorisation du titre (de l'ordre de 1,2%, une misère). Cela est d'autant plus préjudiciable qu'aux yeux de la direction, les membres du club sont souvent assimilés à des fan-boys de la pire espèce, totalement acquis à leur cause, et dont la pacem societatis peut facilement être achetée à grands renforts de goodies et autres pseudo-avantages au rabais (le constat est à peine exagéré).
La vision que je défendais dans mon précédent message (biaisée, il est vrai, par une certaine frustration de voir les évènements actionnaires spécifiquement destinés à un public francilien), que d'aucuns pourraient ne pas partager, serait de relever significativement le nombre plancher d'actions pour être éligible de plein droit au club. Revenons sur ces deux termes soulignés.
Par "plein droit", j'entends que quiconque pourrait justifier de la possession d'un certain nombre de titres pourrait potentiellement être membre du club, moyennant une adhésion annuelle grandement revue à la hausse. Cela pourrait être de nature à partiellement résoudre le problème structurel dont souffre le titre EDL: vous pouvez techniquement faire partie du club en dépit d'une espérance de plus-value inexistante sur le titre, mais en vous acquittant d'un droit d'accès qui soit suffisamment élevé pour décourager tous les comportements opportunistes. La porte n'est ainsi fermée pour personne, à condition d'y mettre un prix qui soit supérieur à la moyenne des avantages en nature que le membre peut espérer en retirer.
En ce qui me concerne, je ne perçois pas le club actionnaires comme un espace réservé aux fanboys attardés que l'on peut croiser à longueur d'année au salon Mickey, mais comme un réseau prenant la forme d'un espace de discussion privilégié entre investisseurs durables dans le temps. On peut tout à fait être en désaccord avec moi sur ce point, mais si l'on est en ligne avec cette vision du club, alors il est tout à fait cohérent de relever "significativement" le seuil minimal de titres pour y être éligible. Manière comme une autre d'atteindre cet objectif et d'impliquer durablement les membres dans le temps (rappelons que le titre à longtemps souffert d'un manque d'implication durable des investisseurs). Avec une cotation qui semble enfin se stabiliser, il y a là une opportunité à saisir pour réformer structurellement le club et se tourner vers un nouveau type de membres. Car, oui, je pense qu'il convient de relativiser certains de tes propos relatifs à la "fuite des actionnaires". Sur quelle vague intuition te bases-tu pour étayer une telle assertion? Rien ne nous permet d'affirmer avec certitude que la révision à la hausse, fusse-t-elle "drastique", des conditions d'éligibilité au club se traduirait inexorablement par une disparition des membres.
D'une part, il convient de ne pas minimiser le nombre de nouveaux membres potentiels qui pourraient résulter de cette modification structurelle, soit en activant les bons leviers incitatifs (j'y reviendrai infra), soit par pur snobisme (des études ont déjà montré, outre-atlantique, que les adhésions aux "shareholders club" fonctionnaient en moyenne en termes de paliers et d'image, plutôt qu'en termes de rentabilité espérée du titre...).
D'autre part, il convient de répondre à la question fondamentale suivante: un club actionnaire doit-il jouer sur la quantité ou bien sur la qualité de ses membres? Là encore, les avis peuvent légitimement diverger. Ceux qui pencheront pour la variante "qualitative" envisageront plus volontiers, dans le cadre d'une société devant financer son développement sur le long terme, de s'appuyer sur un noyau resserré de "gros" investisseurs durables et avertis que sur une (très) large base de pseudo-investisseurs qui, passé l'achat de leurs 25 pauvres actions, n'injecteront plus le moindre kopeck dans la société (et, comme il convient toujours de s'auto-psychanalyser avant de vouloir réformer un système, je plaide coupable : l'attitude que je décris céans est celle que j'adopte depuis plusieurs années désormais, preuve d'un système sclérosé dénué de toute incitation à s'impliquer activement...).
Enfin, il n'est en aucun cas garanti qu'une telle réforme n'aboutirait pas à une situation nouvelle où le poids des membres de ce club actionnaires resserré s'en trouverait accru vis-à-vis de la valorisation totale du titre. Une manière de jouer un rôle consultatif dans les décisions à venir? Très utopique. Une garantie d'être bichonnés par la direction? Plus probablement... et c'est déjà pas mal!
Maintenant, tu pourrais légitimement me rétorquer qu'il y a une incohérence notable dans mon projet de réforme du club : comment encourager les individus à investir dans une société où les perspectives de retours sur investissement sont aussi rares que les cheveux sur le crâne de Barthez. Même s'il est hautement délicat de répondre à pareille question sans faire preuve d'hypocrisie et se muer en parfait Paco Rabanne, j'aime à croire que la direction dispose de quelques leviers incitatifs. Nous pourrions imaginer une réforme qui, au lieu de donner droit à des avantages en nature pharaoniques, proposerait des avantages "non monétaires" (intangibles) des plus intéressants. La perspective de constituer un réseau d'influence ou d'intérêt, de croiser lors d'évènements (ou tout simplement au salon Mickey) des personnes des plus intéressantes et impliquées, ou encore de participer à des manifestations plus rares mais plus "somptuaires" (galas et autres soirées privatives) en sus des avantages actuels pourrait suffire à impulser une nouvelle dynamique... tout en ne fermant plus quasi-systématiquement la porte aux investisseurs provinciaux et européens lesquels, je le répète, subissent en l'état une discrimination géographique des plus inacceptables (et qui, parfois, suffit à les décourager à devenir membre). La perspective de constituer ce genre de réseau est, d'ailleurs, souvent citée comme la principale source de motivation à prendre part à un shareholder's club, devant les avantages tangibles que l'adhésion procure. Pourquoi en irait-il autrement dans le cas qui nous intéresse? Enfin, on pourrait probablement me rétorquer que ce resserrement autour d'une frange plus "sélective" ne serait pas vraiment en accord avec l'image Disney. Soit... Mais quel impact réel cela aurait-il sur la notoriété du groupe, attendu que celle-ci est déjà au ras-des-pâquerettes (et n'a eu besoin de personne pour se saborder), et que l'existence-même du club actionnaires est ignorée par la majeure partie des investisseurs effectifs et potentiels?
Je ne prétends pas vous convaincre au travers de ces quelques phrases qui, à coup sûr, feront grincer plus de dents qu'elles ne susciteront l'adhésion. Tout comme, je ne prétends pas qu'une telle réforme serait de nature à porter les fruits que cette analyse à dessein et, je vous le concède volontiers, imprégnée d'une certaine dose de mauvaise foi, préfigure. Accordons-nous simplement sur le constat, qu'en l'état actuel, et en dépit d'une équipe d'animation des plus volontaires et dynamiques, le club actionnaires de DLP est une vaste blague. Une vaste blague qui, en plus d'incorporer des discriminations entre les membres (sur des critères extra-économiques), génère des adhésions dictées par des motifs hypocrites de nature à nuire aux intérêts de la société sur le long terme. Et qu'il serait de bon ton d'engager une réflexion autour des remèdes (structurels et comportementaux) à apporter à ces maux. Je ne suis moi-même pas convaincu qu'une telle réforme résoudrait davantage de problèmes qu'elle n'en créerait, mais n'y-a-t-il pas quelques éléments à tester néanmoins?
