Le Voyage d'Arlo - La Table Ronde

Article de Jake Sully Voir les commentaires Mercredi 02 décembre 2015 à 20:00

Après notre critique du film Le Voyage d'Arlo, nous vous proposons de revenir sur la table ronde entre les sites de fan et les équipes du film, qui s'est tenue le mardi 10 novembre au Mandarin Oriental à Paris.
C'est sous le jeu de la retranscription des questions posées par les différents intervenants présents, que nous vous proposons de découvrir les réponses de Peter Sohn (réalisateur du film), et Denise Ream (productrice du film).
 

Image




Question (Q) : Quelles ont été vos recherches par rapport aux dinosaures? Est-ce que cela a été un gros challenge de réaliser ce film?

Peter Sohn (P.S.) : C'est vrai que dès le départ, nous nous sommes intéressés à la nature animale des dinosaures. Nous sommes allés dans beaucoup de musées, nous avons parlé avec des paléontologues, etc. Nous avons surtout pensé à la structure de l'animal, à sa culture même.
Mais dans notre film, il y avait aussi un autre aspect qui est celui de la Nature. Nous avions très envie d'incorporer dans ce film le thème de la frontière, de l'ouest sauvage. C'est vrai que lorsque nous avons fait nos voyages de recherches, nous avons rencontré des fermiers et des cow-boys, qui ont eu une influence sur la couleur de notre film.
Nous voulions faire quelque chose de différent, car très souvent dans les films avec des dinosaures, cela se termine avec des créatures assez monstrueuses, qui sont assez violentes, etc. Mais ici, nous voulions montrer que le véritable antagoniste, le véritable adversaire, c'est la Nature elle-même.
Pendant ces voyages d'exploration, nous avons aussi pris beaucoup de plaisir, notamment à faire du rafting, du cheval dans les grandes plaines, rencontrer ces cow-boys qui sont devenus en quelque sorte des modèles, pour nous T-Rex, etc.

Denise Ream (D.R.) : Il y avait quand même un côté un peu dangereux dans nos voyages. Moi-même, quand j'ai fait du rafting, je suis tombée sur un rocher et je me suis fait mal. Et je me suis dit que c'était intéressant, car il y avait ce côté de la beauté de la Nature, mais aussi ce côté dangereux qu'elle peut avoir.

P.S. : Moi, en plus, j'ai grandi à New-York, donc je n'étais jamais vraiment allé dans l'Amérique profonde, au cœur de la Nature sauvage. C'est vrai qu'au début j'avais un peu peur, mais en même temps je trouvais que tout était splendide. Et cette dualité que l'on retrouve dans le film, entre ce qui peut être beau mais mortel, est en quelque sorte née de ces voyages de recherches.

Image




Q: Peter, vous avez longtemps été animateur. Pourquoi êtes-vous arrivé maintenant à la réalisation et sur ce projet là ?

P.S. : Ce qui m'a amené ici, c'est mon amour pour les films et le cinéma. Je me souviens du premier film sur lequel j'ai travaillé, Le Géant de Fer de Brad Bird, et il m'a appris une chose fondamentale. Peu importe le titre que l'on a sur un film, sur un tournage, sur une animation, etc, l'important c'est d'y mettre toutes ses forces et tout son cœur, et de rendre le projet le meilleur possible. Lorsque j'ai commencé chez Pixar avec Le Monde de Nemo, il y avait cette même philosophie. Peu importe quelle est votre fonction, ce qui est important c'est une idée très simple et fondamentale: faire le meilleur film possible. C'est vrai que j'ai été à l'animation, au story board, et même au doublage vocal. Mais à chaque fois, c'était ça qui importait: faire le meilleur film possible.
Je me souviens que lorsque Bob Peterson, le réalisateur qui était à l'origine du Voyage d'Arlo, m'a demandé de venir le rejoindre sur le projet, parce qu'il se trouvait à un moment délicat, un peu coincé dans ses idées sur le projet, à ce moment-là je n'avais pas pour objectif d'avoir le titre de réalisateur, mais de faire le meilleur film possible. J'ai un petit peu regardé ce film comme un parent regarde son enfant malade, et qu'il se pose la question du "que faire pour qu'il aille mieux ". J'ai eu cette perspective avec le Voyage d'Arlo, et avec l'aide de Denise et des talents de Pixar, nous avons créé ce film. Mais ce qui nous unit tous vraiment, c'est notre amour d'un film bien fait.

Image Image




Q : Comment avez-vous travaillé pour avoir un rendu aussi réaliste en animation par ordinateur?

P.S. : C'est vrai que c'est incroyable, mais chez Pixar nous avons des équipes extraordinaires de techniciens.

D.S. : Nous avons une équipe fabuleuse. Je pense aussi à Sharon Calahan qui était notre directrice de la photographie et de l'éclairage sur le film. Nous étions très honorés qu'elle accepte de nous rejoindre, car elle a un œil extraordinaire. Ce qu'elle a fait sur le film est brillant.
C'est vrai que pendant que Peter se concentrait sur l'histoire, la narration, et allait voir chaque département les uns après les autres, l'animation, le layart, la lumière, etc, tout prenait vie au bout d'un moment.
Nous avions aussi un superviseur de l'animation, Sanjay Bakshi, qui a fait un travail miraculeux. Par exemple, les deux premières images que nous avons vues vraiment finies, c'étaient celles lorsqu'il commence à pleuvoir, que la pluie tombe des arbres, et que les nuages se séparent en quelque sorte. Et lorsque nous avons vu ces images animées, nous nous sommes dit que nous avions vraiment là quelque chose de spécial.

P.S. : C'est vrai qu'au départ, les animateurs se sont dit « Mais pourquoi tant d'eau pendant tout le film ? ». C'est tellement difficile à animer autant d'eau sur des centaines de kilomètres... ou tout du moins l'impression que cela donne. L'eau est l'un des éléments les plus difficiles en animation. Mais effectivement, avec la technologie et tous les talents de Pixar qui étaient réunis, nous avons fait des prouesses extraordinaires.
C'est comme toute cette paille dans laquelle sont les œufs au début du film, quand Arlo, son frère et sa sœur naissent. Et bien, il nous a fallu 497 heures de travail pour rendre ce résultat aussi palpable et beau. Il y a eu énormément de défis, mais au final nous avons réussi à les relever pour donner naissance au film.

Image




Q : Comment vous est venue l'idée de mêler des personnages cartoonesques et des paysages ultra photo-réalistes ?

P.S. : Lorsque nous avons fait ces voyages de recherches, et que nous étions au milieu de cette nature extraordinaire et sauvage, nous avons tous eu le sentiment qu'il y avait cet aspect dangereux, mais aussi une inspiration et une beauté totale devant ces paysages. Nous avons voulu nous concentrer sur l'idée principale que la première mission d'Arlo, c'était de survivre à cette nature sauvage. Donc il fallait que le spectateur ait le sens du danger en regardant le film, qu'il ressente la Nature telle qu'elle est. Nous avons essayé à un moment donné une approche plus stylisée, plus graphique, mais nous sommes rendus compte très vite que cela semblait atténuer le danger que représentait cette nature sauvage. Nous avons voulu montrer que la Nature est belle, mais qu'il faut respecter son côté sauvage et dangereux.
Évidemment, lorsque l'on a ce concept inversé du petit garçon et de son chien, avec le dinosaure qui est le petit garçon et le petit garçon qui est le chien, nous nous sommes aussi posés la question de les rendre plus réalistes. Mais dans ce cas, il aurait fallu que nous ayons le dinosaure en train de brouter, de manger, etc, de faire des choses qu'un animal ferait. Or nous voulions trouver en ces personnages, et surtout en Arlo, son humanité. Par exemple, lorsque vous regardez la façon dont il est dessiné, ses genoux plus petits et écorchés, la peur qui s'inscrit dans son regard la première fois qu'il se retrouve seul au milieu de la nature sauvage. Nous voulions montrer une évolution du personnage, qu'il avait petit à petit de plus en plus confiance en lui, et qu'il faisait de plus en plus partie de cette nature qui lui paraissait si hostile au départ.

Image




Q : Spot ressemble énormément à Mowgli. La référence au Livre de la Jungle est-elle voulue ?

P.S. : Au début pas du tout. Il y avait Mowgli, il y avait Tarzan, etc. C'est vrai qu'il y avait pas mal de références possibles. Mais nous voulions faire quelque chose d'à la fois unique, et d'universel. D'ailleurs, les cheveux de Spot me rappellent les cheveux de ma fille lorsqu'elle se réveille le matin. Nous voulions comme ça avoir des détails très précis et originaux, mais en même temps rester dans l'universalité du propos. Mais j'aime le Livre de la Jungle, qui est l'un de mes Disney préférés.

Image




Q : Le film va au-delà du périple initiatique qui a été annoncé. Comment avez-vous apporté cet aspect conte philosophique autour du deuil, de l'amitié et de la famille ?

P.S. : Nous avions beaucoup parlé de ces thèmes avec Denise, car même si nous voulions nous concentrer autour de la thématique de la nature, on ne peut vaincre Mère Nature. En revanche, on peut apprendre à survivre aux dangers que représente la Nature. C'est comme le thème de la mort. On ne peut se battre contre elle ou la vaincre, mais on peut apprendre à survivre à la perte. Finalement toutes ces idées se rejoignent. C'est comme l'idée de la famille. Rien ne peut remplacer la famille. Mais en même temps, on peut survivre au fait de quitter sa famille, de grandir, etc. Tout cela était très important, et nos recherches ont affiné ce concept.
Comme je vous l'ai dit, j'ai grandi à New-York, où mes parents avaient une petite épicerie. Et pendant mon enfance, j'ai donc vécu dans une famille modeste, qui tentait de survivre dans la jungle urbaine qu'était New-York. De la même façon, quand pendant notre voyage de recherches, nous sommes arrivés dans l'Ouest sauvage, nous avons rencontré cette famille de cow-boys qui a servi par la suite de modèle à nos T-Rex. Alors qu'au début, nous n'avions pas forcément pour idée d'en faire une famille, c'étaient plus deux cow-boys solitaires, deux figures de western. Mais quand nous sommes arrivés dans l'Oregon et que nous avons rencontré les Mackays, nous avons tous été touchés par la façon dont ils vivaient, une vie très rude, mais surtout une famille extraordinaire. Nous avons rencontré deux parents qui avaient adopté cinq enfants venus d’Haïti. C'était extraordinaire, car ce qui nous a frappés, c'est cette forme d'amour extrêmement pur, dans lequel ils élevaient ces enfants. Cela nous a extrêmement touchés, et c'est à ce moment-là que nous nous sommes dits que nos T-Rex devaient être une famille, cette famille.
C'est cela qui a changé la couleur du film. C'est un peu comme Arlo et son voyage. Nous avons voulu réunir toutes ces thématiques, comme vous le disiez, la famille, la mort, pour montrer qu'il y avait un parallèle aussi bien avec la famille des T-Rex, qu'entre celle d'Arlo, et que tout cela soit un voyage initiatique, et bien plus. Et le mien a été un long voyage.

Image




Q : Ce projet a connu pas mal de bouleversements, entre les changements de réalisateur, de casting, la prise de relais par le braintrust*, le report de sortie. Est-ce qu'à un moment vous avez failli abandonner le projet ? Et quelles améliorations avez-vous apportées pour finir le film ?

D.S. : Lorsque nous avons pris la décision de décaler la sortie du film, et de confier la réalisation à Peter, nous avons décidé de tout reprendre à zéro. Nous avons regardé des screenings que nous avions du projet initial, et nous nous sommes demandés ce que nous aimions dedans au départ, ce que nous allions garder, et ce qu'il fallait complètement changer.
Évidemment, le Braintrust est arrivé à ce moment-là. Mais surtout, nous avions décidé ensemble de faire un voyage de recherches dans le Wyoming, dans l’Idaho, pour en quelque sorte nettoyer tout ce qu'il y avait eu avant, faire que l'esprit de Peter soit totalement vierge des idées de départ, et pour ré-imaginer, réinventer le film. C'est vrai que ce voyage nous a extrêmement inspirés, car il y avait à la fois ce côté grandiose, et ce côté terrifiant de la Nature. Et lorsque nous sommes rentrés, nous avions en tête toutes ces idées dont nous avons parlé précédemment, pour le concept du film.
Parallèlement à cela, j'ai fait appel à une nouvelle équipe pour entourer Peter, des gens plus expérimentés, des vétérans de chez Pixar qui savaient conduire un film à son terme. Je voulais que Peter se concentre uniquement sur l'histoire et sur la narration, car c'est toujours ce qu'il y a de plus important. Au final, nous pouvons toujours faire ce que nous voulons techniquement chez Pixar, mais si nous n'avons pas d'histoire forte, de véritable arc narratif, le reste ne sert à rien.
Et sur ce point, il y a eu un travail acharné, car toutes les six semaines, nous regardions le film, nous modifiions le montage, nous recréions des choses, et nous avions des notes du Braintrust qui nous disaient ce qu'ils en pensaient. Toutes les six semaines, il y avait donc un repositionnement pour montrer et avancer de façon régulière.

P.S. : C'est vrai qu'il y a eu un changement au niveau du casting, car dans la première version de l'histoire, Arlo était plus âgé. Or pour moi ce qui était important, c'était de garder cette histoire pure et belle d'un petit garçon et de son chien, même si c'était un concept inversé. J'ai donc voulu avoir un Arlo plus jeune, et mécaniquement, le reste a suivi, avec un frère et une sœur plus jeunes, etc.

* le groupe de réflexion chez Pixar, composé des grands réalisateurs du Studio

Image




Q : Peter, pourriez-vous nous parler de votre collaboration avec les compositeurs du film, Mychael et Jeff Danna ?

P.S. : C'était la première fois que je travaillais avec Mychael et Jeff Danna, et j'étais très excité à l'idée de cette collaboration. Comme c'est le film des studios Pixar avec le moins de dialogue, nous savions que la musique et les effets sonores allaient être très importants. En écoutant la bande originale du Stratège, ou de L'Odyssée de Pi, la chose intéressante de cette musique, c'est qu'elle était très émotionnelle, très intériorisée, mais en même temps avec parfois des envolées extraordinaires. Nous avions ainsi à la fois l'intériorité, mais aussi la grandeur, et nous voulions cela chez eux.
Cela a été une collaboration assez incroyable, puisque nous, nous leur envoyions des dessins, et ils étaient d'ailleurs hallucinés à l'idée de savoir ce que ces dessins allaient devenir une fois l'étape de l'animation passée. Et eux, ils nous envoyaient des démos, et nous étions également hallucinés, car ils nous envoyaient des versions numériques de leurs musiques, et ils nous disaient de ne pas nous inquiéter, car le rendu serait différent, joué par un orchestre, avec tous ces instruments.
Il y avait ce parallèle presque amusant entre ce que devenaient les dessins une fois qu'ils s'animaient, et ce que devenait la musique une fois qu'elle était vraiment jouée.
Et il y a eu un moment d'émotion pure, lorsque nous sommes allés à l'enregistrement de la musique aux studios de la Warner Bros, où Mychael et Jeff ont amené les musiciens et tout leur talent. Ce moment, c'était la scène où Arlo courait après les oiseaux, en train d'escalader la montagne. Et soudain, de voir pour la première fois ce mariage de notre animation et de leur musique, ça a été un moment extrêmement fort et émouvant, et je me souviens que Denise et moi, nous avons pleuré devant ça, et je lui disais « Ne me regarde pas, ne me regarde pas ».

Image




C'est ainsi que s'achève cette retranscription de la Table Ronde fans sur Le Voyage d'Arlo. Pour poursuivre sur le film, et donner votre avis, rendez-vous ici. Et retrouvez notre Critique ici


Article : Jake Sully
Photos : Jake Sully, Pixar, Disney France

Vous aimez cet article ?



Suivez nous sur Facebook !



Sur nos forums

http://www.disneygazette.fr/forum/images/avatars/galerie/users/74042762848fd14319c5e4.jpg

Charly

lundi 21 décembre à 16:17

Je n'ai pas eu le court metrage...mais j'ai bien eu le film. Bon...BOF...long...déja vu...bref, au moins le court métrage aurait été plus rapide.


http://www.disneygazette.fr/forum/images/avatars/galerie/users/428809748494cd7e2ec453.jpg

TiteMary

dimanche 27 décembre à 21:29

Nous avons bien eu le court métrage avant le film dans notre petite salle de Meribel J ai bien aimé le film mais je l ai trouvé un peu triste surtout pour mon grand garçon de 6 ans


Catégories

Au hasard :

  • Planes : Notre Critique !
  • Les Gardiens de la Galaxie : Notre Critique !
  • Le Clap! : Marvel sur tous les Fronts !
  • Descendants : Notre Critique !
  • Le Clap!: l'actualité Disney sur vos écrans!
  • Découvrez
D'autres articles en cliquant ici !