Madame Calmels, présidente du conseil de surveillance de la société Eurodisney SCA, a embrassé une carrière politique qui la mène de plateau de télé en studio de radio. Et partout, elle répète le même discours : elle veut mener une politique différente et surtout adopter un comportement différent de ses consœurs et confrères. Elle explique, comme lors de l’émission des paroles et des actes où elle débattait avec Daniel Cohn Bendit, « qu’elle a un devoir de vérité envers les électeurs »…

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Réserve-t-elle ce « devoir » à ses fonctions politiques ou compte-t-elle adopter cette philosophie à sa charge de présidente du conseil de surveillance d’Eurodisney ? Si telle était le cas, les actionnaires seraient enchantés de ce changement de comportement. Car pour le moment, il faut bien reconnaître que nous sommes loin du compte. Entre un membre éminent de son conseil, ancien président de la société, qui indique à une association qu’ « aucune augmentation de capital n’est prévue » 4 mois avant l’annonce officielle, la présidente elle-même qui lors d’une table ronde explique que « si l’on croit à l’avenir de la société, on souscrit à l’offre et que si l’on y croit pas, on vend ses titres » mais qui, après avoir défendu la recapitalisation, revend les titres qu’elle n’a pas l’obligation statutaire de conserver, il y a de quoi douter de la bonne parole…

Tout ceci, plus le scandale des conditions de la recapitalisation, n’est guère encourageant et laisse à penser que Madame Calmels a adopté très vite les travers des politiciens chevronnés. Il est vrai qu’Alain Juppé, son mentor, n’est pas le perdreau de l’année.

Mais revenons à l’assemblée annuelle et au devoir de vérité, dont la présidente pourrait faire preuve.
Elle pourrait nous expliciter pourquoi nous versons chaque année 35M€ en moyenne par an de frais de développement, en plus des 105 à 110% du prix que nous payons pour chaque attraction. Car si elle, comme son prédécesseur Jeancourt Galignani, a diligenté des expertises (favorables, bien sûr) sur la facturation des attractions, aucune explication n’est donnée concernant les prestations fournies par la Walt Disney Company dans le cadre de ce contrat…

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Elle pourrait nous indiquer pourquoi, alors que la société enchaîne les pertes, elle demande la nomination de nouveaux membres au conseil de surveillance. Et la réponse n’est certainement pas la loi comme elle le sous-entend car si celle-ci exige dorénavant un pourcentage minimal de femmes dans les organes de gouvernance, elle n’a jamais réclamé que le nombre de membres augmente ! Une solution toute simple aurait été de remplacer un membre sortant par une femme. Mais apparemment cela n’était pas une solution envisageable. Car le nombre n’a jamais été gage de qualité. On peut aussi constater que le nombre n’a cessé d’augmenter année après année mais que cela n’a nullement amélioré la situation financière. Pour rappel, le conseil possédait 6 membres en 1992 à l’ouverture du parc 1 et coûtait 150 000 €. Aujourd’hui, ils vont être 12 pour 332 000 €. La présidente pourrait nous indiquer les propositions, concrètes, et faites dans l’intérêt de la société par ce conseil ? Car il est de notoriété public que ce conseil n’est qu’une chambre d’enregistrement des décisions prises à Burbank. Et quitte à nommer une femme, autant nommer quelqu’un qui défendrait les petits actionnaires, bien négligés dans le conseil sortant. Je pense en particulier à l’épouse de l’actionnaire allemand qui s’est exprimé l’an dernier à l’Assemblée et qui n’a plus à démontrer son attachement à la société. On peut noter à ce sujet que Gérard Bouché a cédé un nombre très important de Droits de souscription, démontrant sa volonté de se laisser diluer. Tout comme la présidente, il n’a pas présenté sa démission… On peut d’ailleurs constater que les deux anciens directeurs financiers, Ignace Lahoud et Greg Richart, ne possèdent plus de titres… Les deux responsables relations investisseurs, l’ancien, Olivier LAMBERT, et le nouveau, Yoann N’Guyen n’en possèdent pas.

Elle pourrait nous expliquer comment elle pense que la société va passer le mur du remboursement du milliard de dettes restant en 2024. Même si on considère que la société surinvestit en ce moment (ce qui reste à démontrer au vu des chiffres annuels qui montrent les investissements en diminution), le niveau de cash dégagé sera insuffisant pour rembourser en 2024.

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Elle pourrait nous démontrer que la stratégie à long terme est bonne, alors que c’est la même depuis 20 ans avec les résultats que l’on connaît, c’est-à-dire des pertes qui s’accumulent, 2016 promettant d’être particulièrement mauvaise. En particulier sur les charges qui malgré les incantations et les aides à l’emploi type CICE ne cessent de monter. Il est vrai qu’avec 150M de prélèvement de la maison mère, 140M de frais marketing et 650M de salaires (comprenant ceux du marketing néanmoins), il faut en dégager de la marge pour espérer atteindre l’équilibre !

Bien entendu, je rêve, elle ne fera rien de tout cela. Tout comme le président, elle va communiquer sur le drame de novembre ou sur le 25ème anniversaire qui sera célébré « en grand »… Comme cela, elle évitera de parler des vrais problèmes de la société qui justifie la réunion d’une assemblée annuelle.

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Pour ce qui est des résolutions, traditionnellement je vous donne mes intentions de vote. Déjà avant la recapitalisation, c’était anecdotique, sachant le peu de poids que nous avions. Maintenant, c’est pire. Je vous invite donc à faire ce que nous demande la Walt Disney Company : quitter la salle au moment de cette parodie de démocratie.

Pour discuter de l’assemblée c’est ici

Article: Simplet
Relecture: Charly, Carter, Jake Sully
Photos: France 2, Euro Disney SCA