Le mardi 13 janvier se tenait l’assemblée générale des actionnaires de la société Eurodisney SCA. Très suivie par la presse, attirée par le montant phénoménal de la recapitalisation annoncée (1 milliard d’euros !) autant que par la grogne des petits actionnaires à qui on demandait pour la 3ème fois en 20 ans de remettre la main à la poche, elle a eu lieu au Palais des Congrès à Paris et non à Marne la Vallée comme à l’accoutumée.

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Si l’assemblée a connu quelques moments houleux, le résultat des votes était connu à l’avance, la Walt Disney Company détenant les clés du scrutin. Le résultat a même été au-delà des attentes de la direction avec un plébiscite de l’opération. A croire que les actionnaires étaient heureux de se faire essorer. En réalité, peu connaissaient l’opération et ses conséquences avant de voter…

Inutile de revenir sur les chiffres annuels, tout le monde ou presque s’en moque, ni sur le résultat annuel de la société (une perte de 472 millions !) qui confirme la (bonne ?) gestion de la direction depuis des années.

Intéressons-nous plutôt au futur. Peu d’annonces finalement auront été faites lors de cet après-midi maussade de janvier. Il y aura une saison "Frozen Summer Fun" et un spectacle autour de La Reine des Neiges cet été. Une sorte de karaoké où tous les spectateurs seront invités à participer. Après l’hiver, Elsa et consorts prennent donc possession de l’été. Très original de mettre une princesse nordique dans la neige à Frontierland en plein été…

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Présentation du Frozen Summer Fun lors de l’AG 2015

Néanmoins, après une période de totale disparition, il faut se réjouir du retour d’un spectacle dans le Parc Disneyland. Mais cela va-t-il suffire à faire venir les visiteurs en masse ? Peut-être. Souhaitons-le même pour l’avenir financier du resort. Mais que vont-ils y trouver ? Car l’autre annonce importante a été que l’amélioration de la trésorerie du resort va lui permettre de continuer et d’accentuer sa politique d’investissements. Les fans réjouis en tremblent déjà d’excitation. Se dirige-ton vers l’annonce de Fantasmic, de Cars land, d’Indiana Jones Adventure ?

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Tom Wolber, président d’Euro Disney SCA à l’AG 2015

Hélas, rien de tout cela ne sera confirmé par Tom Wolber, le nouveau visage de Disneyland Paris. S’il a comme objectif de rendre le parc francilien aussi magique que ses demi-frères américains et d’améliorer la qualité tout en préparant un 25ème anniversaire digne de ce nom (toute ressemblance avec un discours Gasien serait fortuite), il ne parlera que de la fermeture de Space Mountain pour un vaste chantier de remise en état. Même pas d’allusion à Star Tours 2, annoncé bien curieusement par le directeur financier Mark Stead dans la presse il y a quelques mois.

C’est donc une longue période de travaux quasi ininterrompue qui semble attendre les visiteurs durant les années 2015 et 2016. Passage obligé, sans doute, pour revoir un resort en meilleur état. Mais les visiteurs risquent de trouver la pilule amère au regard de toutes les fermetures qui les attendent et d’un prix toujours plus élevé.
Rien que sur la période actuelle, pas moins de 9 attractions sont fermées. Discoveryland avec Space Mountain, Autopia et le Nautilus fermés, voit la moitié de ses attractions inaccessibles… Les visiteurs risquent de repartir avec une vision de Palissadeland. Ensuite, ce sera au tour de Frontierland de se refaire une beauté, etc.

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Discoveryland fin Janvier 2015, Palissadeland !

Les deux prochaines années risquent d’être longues pour les fans et décevantes pour les visiteurs occasionnels. Ce qui risque de ne pas améliorer les finances déjà moribondes du groupe. Car si les visiteurs désertent, le chiffre d’affaires risque d’en pâtir. Certes avec les hausses « Disneyennes », le panier moyen va sans doute encore augmenter, mais il ne compensera pas la perte massive de visiteurs.

La direction d’ailleurs ne s’en cache plus. Là où Philippe GAS nous annonçait du beau temps pour le lendemain, Tom WOLBER nous annonce les lendemains qui déchantent : deux ans de pertes conséquentes sont à attendre avant, si la crise s’estompe, une embellie. Voilà qui va motiver les actionnaires à remettre au pot… Enfin, pour une fois, il n’y aura pas tromperie sur la marchandise !

Sur le plan financier, aucun changement notable n’a été annoncé. Pourquoi adopter une nouvelle gestion alors que les actionnaires sont contents de voir les exercices déficitaires se suivre avec une régularité digne d’un coucou suisse ? Le gestionnaire, lui, se réjouit, ses caisses se remplissant toujours plus. Comme en plus la présidente du conseil de surveillance s’est reconvertie en déléguée du personnel, en insistant sur les responsabilités sociales de l’entreprise aux 14 000 salariés, les charges ne sont pas près de diminuer…

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Dès lors que réserve l’avenir aux actionnaires ? A très court terme, ils doivent vendre le droit préférentiel de souscription ou souscrire à l’opération de recapitalisation. Il ne s’agirait pas qu’ils perdent le peu qu’il leur reste… Tous les détails sont sur le forum dans le sujet sur la recapitalisation. Mais il faut réfléchir vite, la date butoir du 6 février arrive à grands pas. Après il sera trop tard. Sachant que certaines banques vendent par défaut les DPS le dernier jour de cotation, le cours risque de baisser sensiblement le 6 février.

Après les opérations vont se succéder, l’Offre publique ouverte où les actionnaires pourront vendre leur titre à 1,25 €, l’offre anti-dilution où ils pourront en acquérir à 1,25 €…

Il sera alors temps de faire les comptes. Combien d’actions seront entre les mains de la WDC ? De ce chiffre dépendra la poursuite de la cotation du titre. S’il reste moins de 5% des titres sur le marché, une offre publique de retrait aura lieu, au cours de 1,25 € sans doute et l’aventure Eurodisney en bourse sera un souvenir. S’il en reste plus, l’aventure continuera… jusqu’à quand ? Le retrait de la cote n’est plus tabou et devrait se produire assez vite.

Les chiffres du 1er trimestre étant exceptionnellement bons, la direction s’est sentie obligée de les communiquer très vite. Si l’on peut s’en réjouir à première vue, deux remarques s’imposent : le montant des charges, jamais communiqué à cette période de l’année, risque de ne laisser qu’un petit résultat (et encore) sur ce trimestre pourtant fortement rémunérateur. Ensuite, pour obtenir cette hausse, il n’a pas fallu 1 milliard d’investissements. Tout comme les pertes ne reposaient pas seulement sur la dette, les bons chiffres ne reposent pas non plus uniquement sur les investissements massifs. C’est une évidence, mais il est parfois nécessaire de le rappeler.

Réagissez à cette assemblée générale ici :
actionnaires-disneyland-paris-f27/assemblee-annuelle-t11793-130.html

Posez vos questions sur la recapitalisation ici :
actionnaires-disneyland-paris-f27/recapitalisation-mode-d-emploi-t11668-90.html

Article : Simplet
Images : Charly, VDR
Vidéos : Disneyland Paris