Les chiffres 2014 sont tombés. Les plus significatifs avaient été communiqués lors de l’annonce de la recapitalisation d’Eurodisney, il y a un mois. Personne n’a donc été surpris d’apprendre que le groupe a encore perdu de l’argent, des visiteurs et du chiffre d’affaires sur cet exercice. Et si certains optimistes pensaient que l’on avait touché le fond l’an dernier, il faut se rendre à l’évidence, le groupe a réussi l’exploit de faire pire qu’en 2012, où il avait fallu financer la reprise des dettes par la Walt Disney Company et du leasing des hôtels et du Parc Disneyland !

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Examinons néanmoins sur certains faits et chiffres marquants de cet exercice :
La hausse soutenue des prix continue à porter ses fruits… amers puisque si la dépense par visiteurs continue à augmenter, la fréquentation poursuit sa descente infernale et les nuitées, ainsi que la dépense par chambre, baissent sensiblement. La communication de la société sur ce thème est d’ailleurs assez curieuse : « la dépense par visiteur dans les parcs atteint cependant un niveau record reflétant l’objectif du Groupe d’améliorer son offre et la satisfaction des visiteurs. » Multiplier les prix par dix augmenterait-elle la satisfaction des visiteurs ? Ou la nouvelle philosophie fallacieuse de la direction serait-elle : un client heureux dépense plus ? alors que le taux de satisfaction reste faible au regard de ce qu’il a été.

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On arrive en effet au bout de la communication du groupe expliquant que la hausse des prix est nécessaire pour faire de la destination un produit premium et lui permettre de dégager des moyens pour mieux entretenir l’existant. Depuis trois ans et le grand lessivage pour les 20 ans, qu’avons-nous constaté ? Une rénovation des hôtels, un ravalement de façade du Parc Disneyland et un développement des Walt Disney Studios. Or, il est patent que le ravalement de façade n’a pas suffi, les travaux réalisés montrant déjà leurs limites comme avec le Molly Brown, ou comme le pauvre Phantom Manor qui attend désespérément une vraie remise à niveau. Les Wlt Disney Studios voient leur développement continuer mais au prix de l’abandon presque total du reste du parc. Je n’oublie pas la nouvelle file d’attente de Crush, mais surtout je constate que Moteur Action ! est indigne d’un parc Disney, qu’Armaggedon n’est plus que l’ombre de lui-même et que l’emblème des 15 ans, la Tour de la Terreur semble très mal vieillir…

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Le résultat se fait sentir, les visiteurs et pire, les résidents des hôtels, boudent le resort. La perte de cette année est près de 50% supérieure à celle de l’an dernier. Pour faire court, on a perdu l’équivalent de plus d’une Tour de la Terreur (tarif 2014) en un an !
Les excuses avancées comme la réfection de chambres sont anecdotiques, le complexe hôtelier n’étant complet qu’à de très rares périodes comme les fêtes de fin d’année. Le reste du temps, des chambres sont disponibles. Or, seul le Disneyland Hotel a une clientèle captive très attachée à sa localisation. Le Newport Bay Club ne bénéficie pas d’une telle cote d’amour, loin de là !
Le temps des hausses de prix arrive peut-être à son terme, cet exercice démontrant que les clients ne sont plus prêts à payer un prix exorbitant pour une chambre des plus communes.
La direction saura-telle en tirer les conséquences ?

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Concept art de nouvelle chambre au Newport Bay Club

Bref, le cœur de l’activité de la société a encore perdu près de 35 Millions de chiffres d’affaires cette année. Un puits sans fond qui donne le vertige.
Car, ce n’est pas du côté des charges d’exploitation, qu’il faut espérer trouver des motifs d’espérer. Elles sont toujours en hausse, malgré le CICE en année pleine, malgré l’absence des charges exceptionnelles liées à l’événement du Prince en 2013, etc.

Si les charges d’exploitation restent contenues, le marketing continue de dépenser avec les piètres résultats que l’on connaît, et pire, les frais généraux grimpent de plus de 4% en raison entre autres… d’opérations de communications ! Était-ce vraiment le moment ?

Évidemment, le free cash flow atteint un niveau négatif record, ce qui ne risque pas de rassurer les investisseurs.
Enfin, histoire de finir avec cet horrible exercice – il est vrai qu’Halloween n’est pas très éloigné – la société aurait dû se retrouver en cessation de paiement au 30 septembre dernier. En effet, si notre trésorerie se monte à 49,3 M d’euros à la clôture, nous n’avons pas pu rembourser la Walt Disney Company de 50M € qu’on leur avait empruntés au 1er semestre et qu’on avait, en théorie, l’obligation de rembourser au 30 septembre. Résultat, l’avance a du être prolongée d’un an dans la précipitation. Pathétique…

Qui était tout en joie à l’idée de se débarrasser des banques qui nous empêchaient de gérer notre trésorerie librement, en 2012 ? Ah oui, la présidente du conseil de surveillance qui approuve aujourd’hui sans réserve l’opération de spoliation des petits actionnaires. CQFD.

Retrouvons nos traditionnelles trois questions à Mark STEAD, directeur financier du groupe qui nous fait l’amabilité d’y répondre.

Les frais généraux et administratifs on grimpé de 4%, soit plus de 4 millions d’euros. Vous indiquez que la majeure partie provient d’opérations de communication. En quoi ont-elles consisté ?

Principalement en la création d’une plateforme accessible à tous les cast members, appelée le « Hub ». C’est un portail d’informations sur l’entreprise accessible à tous sur ordinateurs ou sur mobiles et sert à la communication interne. Il y a aussi eu des actions en ressources humaines lors du transfert de bureaux administratifs. Enfin, le reliquat est un transfert de charges entre l’Etat et EuroDisney SCA concernant des actions en faveur des salariés « séniors » et « handicapés ».

Parmi cet océan de mauvaises nouvelles, un ilot surprenant : deux sociétés consolidées par équivalence (détenues par EDA à 50%, Note de Simplet) ont dégagé un résultat positif. Lesquelles ?

Il s’agit principalement de la société gérant la vente des cottages des Villages Nature. Les premières ventes ayant eu lieu, un résultat a été dégagé. Le reliquat est un petit résultat de la société commune avec le groupe Flo d’achats « Convergence ».

Le refinancement va apporter selon mon calcul approximatif entre 75% et 85% des actions ED SCA à la Walt Disney Company. Quelles sont ses intentions futures ? En remettre une partie sur le marché via une vente directe ou de gré à gré à des investisseurs institutionnels ou les conserver jusqu’à l’OPA/OPR finale après accord avec le Prince Al Waleed.

Je n’en ai aucune idée. Il faudrait leur demander directement. Tant que l’opération ne sera pas finalisée, je ne ferais pas de commentaires sur la suite.

La dernière question étant restée sans réelle réponse, nous en avons donc posé une quatrième :
Vous avez accordé une prime de 175 € aux salariés sur le salaire de décembre. Pour quelle raison et même si le geste est généreux il va couter 2 M€ de charges supplémentaires au T1…

Il va y avoir beaucoup de travaux sur cet exercice, les conditions de travail ne vont donc pas être optimales, de plus la conjoncture étant mauvaise les salariés souffrent et il a paru souhaitable à la direction de faire ce geste en direction des salariés. Le résultat ne sera que peu impacté car une opération compensera peu ou prou cette charge.

Pour parler des résultats sur le forum, c’est par ici :
actionnaires-disneyland-paris-f27/resultats-annuels-2013-2014-t11752.html

Article : Simplet
Images : Disneyland Paris