Comme tous les ans, peu de temps après le muguet, fleurissent les résultats semestriels d’Eurodisney SCA, holding du groupe qui exploite le resort francilien de la Walt Disney Company. Guère de changement à première vue par rapport aux années précédentes, le résultat étant encore une perte non négligeable de 118,8 M€ contre 135,8M€ en 2014.

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Il faut donc se pencher plus avant dans l’étude des chiffres communiqués par la société pour se faire une idée plus précise des résultats, la déclaration du président Wolber ressemblant aux satisfecits répétés de son prédécesseur (hausses des dépenses moyennes, du chiffres d’affaires, du taux d’occupation, etc.) mais omettant les chiffres moins flatteurs qui expliquent la perte.

Néanmoins, par rapport aux années précédentes, certaines améliorations sont à signaler…tout comme certains indicateurs empirent ! D’où la sensation curieuse de regarder un verre rempli à moitié et d’avoir à répondre à la question « le verre est-il vide ou plein ? »

Les optimistes répondront « plein » en indiquant pêle-mêle que :
Le chiffre d’affaires est en hausse de 11%, ce que peu d’entreprises peuvent mettre en avant, surtout dans le secteur du tourisme.
La fréquentation est repartie à la hausse avec 400 000 visiteurs de plus par rapport à 2014.
La dépense moyenne par visiteurs dépasse les 50 euros, en hausse de 3,74 € par rapport à 2014.
Le taux d’occupation des Hôtels en hausse de près de 5%.
La dépense moyenne par chambre est en progression de près de 3,5€.
Les réservations sont prometteuses pour le second semestre.

Et dans le même temps, les pessimistes objecteront que :
Sans la transaction de résiliation de bail, le résultat serait pire que l’an dernier, qui était pourtant déjà l’un des pires connus.
Que la trésorerie, pourtant renflouée, continue à montrer des signes de faiblesse inquiétants au premier semestre.
Que les charges en général grimpent aussi vite que les produits, ce qui n’apporte aucun résultat positif.
Que les charges marketing, les plus faciles à contenir, ont bondi de 14% ce semestre et risquent de garder ce niveau élevé pour communiquer sur la saison estivale.
Que les frais financiers sont toujours présents et que la dette ne va pas diminuer sur les prochains exercices.
Que les produits « autres » continuent de baisser dramatiquement et vont finir par disparaître.
Que le bail dénoncé par la WDC ne sera pas remplacé, ce qui entraîne une baisse de revenus futurs.

Bref, ces chiffres prêtent donc à interprétation et tout le monde peut y trouver son compte.

La recapitalisation a permis de décaler le problème de la dette mais n’a réglé en rien la déficiente gestion courante qui fait ressortir depuis de nombreuses années une perte persistante. Par conséquent, il est intéressant de se pencher sur le discours de la direction. Il semblerait que les leçons du passé paraissent assimilées. En effet, il apparait que les investissements futurs se feraient prudemment en fonction des rentrées et qu’ils soient orientés vers des produits rémunérateurs. Il est tout de même regrettable d’avoir à faire remarquer que sur le chantier Ratatouille, le seul investissement rentable soit le restaurant alors que le reste va nous plomber pendant de nombreuses années. En effet, la hausse de fréquentation des studios reste modeste depuis l’apparition de Ratatouille. On est loin, très loin, de l’effet Space Mountain ou, plus près de nous, Tower Of Terror !

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Les résultats de cet exercice seront scrutés à la loupe par les investisseurs qui pourront juger si les promesses d’amélioration ou du moins de fin de détérioration sont tenues ou non. Car la direction dans sa volonté de refaire à neuf le resort pour les 25 ans s’attend encore à des exercices difficiles et paradoxalement ne souhaite pas une affluence trop grande pendant une période où beaucoup de choses seront inaccessibles. La perte sera donc une nouvelle fois au rendez-vous le 30 septembre. Il faut espérer cependant qu’elle sera en nette baisse par rapport à 2014.

Pendant ce temps, l’opération financière poursuit son cours. Sauf immense surprise, le recours sera (malheureusement) rejeté et tout devrait reprendre son cours normal à compter de la rentrée. Les nouveaux adhérents devront attendre donc le mois d’octobre pour connaître les nouvelles conditions pour rejoindre ce club de moins en moins fermé.

Pour en terminer avec les chiffres du 1er semestre, nos désormais traditionnelles trois questions à Mark Stead, que nous remercions pour son accueil.

La Walt Disney Company va posséder entre 75 et 90% du capital à l’issue de l’opération en cours. Quels sont ses projets capitalistiques : va-t-elle remettre des actions sur le marché ou simplement conserver sa participation pendant les deux prochaines années ?
MS : A notre niveau nous n’avons connaissance d’aucun projet capitalistique concernant la participation de TWDC dans Euro Disney S.C.A..
La taille du flottant dépendra du taux d’apport des actionnaires à l’OPO et du taux de participation au mécanisme anti-dilutif.

Quelle est la valeur des titres Eurodisney inscrites au dernier bilan de la WDC ?
MS: Il s’agit d’une information que nous n’avons pas.

La situation financière du groupe, malgré l’opération, reste fragile. L’appel aux banques, outre qu’il soit prématuré, a de grandes chances de rencontrer un échec. Faire de nouveau appel à la maison mère agrandirait les dettes. La cession du pôle hôtelier est une rumeur qui revient régulièrement. Démentez-vous toujours que vous étudiez cette hypothèse ?
MS : Nous ne souhaitons pas vendre nos hôtels. Comme nous l’avons mentionné, notre politique d’allocation du cash et d’investissements restera prudente.

Pour discuter des chiffres du premier semestre : actionnaires-disneyland-paris-f27/resultat-s1-2014-2015-t12024.html

Article : Simplet