La société EuroDisney SCA a présenté ses chiffres pour le 1er semestre (1er octobre 2013 -31 mars 2014) le 6 mai dernier.
Le résultat n’est pas surprenant en soit, une perte, lorsque l’on sait que c’est une habitude ininterrompue depuis plus de 10 ans.
L’activité du Resort est saisonnière, la majeure partie du chiffre d’affaires se fait sur les mois d’été. En effet, même si sur le catalogue Disneyland Paris l’ultra haute saison est en décembre pendant les fêtes de Noël, le nombre de visiteurs est beaucoup plus important et surtout la dépense est plus élevée quand l’amplitude d’ouverture est grande.

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Lorsque l’on compare le 1er semestre de cette année avec celui de l’an dernier, le résultat est en baisse sensible de près de 20 millions à – 126,2 millions d’euros. C’est le plus mauvais chiffre depuis 2002, battant le précédent record de 2012.
Inutile de chercher des raisons de ce creusement des pertes dans la déclaration du Président GAS. Depuis 2008 il n’a que la crise comme argument pour expliquer la chute de tous les chiffres clés et que Disney Dreams! et Ratatouille, depuis son officialisation, pour essayer de susciter l’espoir de jours meilleurs chez les actionnaires. Même le refinancement censé être le remède miracle pour nous remettre sur la voie du profit n’a pas suffi. Il est vrai que le changement de créancier n’a jamais éliminé la dette et que de cesser de la rembourser ne l’a jamais fait diminuer !

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Ceci dit penchons-nous sur les éléments significatifs de ce demi-exercice. Le résultat d’exploitation est en baisse de près de 25%, ce qui est énorme. Il résulte d’une chute des produits de 6,5% faiblement compensée par une baisse des charges de 2,5%. Par conséquent, il est logique de trouver un Ebitda négatif, de 2,5% du chiffre d’affaires.
Avec des indicateurs autant dans le rouge, l’évolution de la trésorerie est sans surprise, un solde de fin de période à 54,1 M€ contre 68,7 M€ l’an dernier. Cette petite diminution cache néanmoins un élément important : l’an dernier nous avions utilisé 30M€ du crédit « revolving » de la WDC, cette année il a fallu tirer 100M€ pour arriver à ce résultat…
Par ailleurs, sans impact sur la trésorerie, pour diminuer les charges d’intérêts, la société a intégré certains intérêts aux coûts de Ratatouille, ce qui a pour effet immédiat d’améliorer le résultat actuel mais de diminuer les prochains, car ils seront amortis en même temps que l’attraction…

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L’activité n’a pas permis de dégager de trésorerie, au contraire on l’a vu, en raison d’une nouvelle baisse de 59 000 nuitées dans les hôtels, d’une baisse de 3% du chiffre d’affaires du Village et d’une baisse de 4% de celui des parcs à thèmes. Pour couronner le tout, les autres revenus baissent également de 3,5 M€ pour ne plus rapporter que 18M sur ce semestre. Quant à l’immobilier, il reste atone et ne permet plus de masquer les pertes de l’activité principale.
Alors doit-on s’inquiéter pour EuroDisney ?
Une fois écartée la faillite, impossible à tous points de vue (politique, social, financier et image), la situation reste préoccupante pour les petits actionnaires. La politique menée par Philippe GAS portera peut-être, sans doute espérons-le, ses fruits un jour. Néanmoins, alors qu’il s’annonçait comme le patron qui allait distribuer des dividendes lors de sa nomination, il est clair que la société s’est éloignée de la position de le faire à la date d’aujourd’hui. Sa politique volontariste de remise en état de l’existant et du développement maitrisé de son offre tout en augmentant sa gamme de prix se heurte à la crise. Si, malgré ses affirmations, la société n’en a pas souffert réellement de 2008 à 2012, elle doit la gérer depuis l’an dernier lorsque la France, son principal vivier de clients, est rentrée dans une crise de confiance qui risque d’être longue. L’Espagne qui lui apportait des clients à forte marge remonte la pente mais sa santé reste fragile.

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Le Resort va devoir affronter encore au moins 2 années de crise avant d’espérer un rebond. D’ici là, l’arrivée de Ratatouille ne va pas révolutionner la situation financière. Néanmoins, elle doit permettre à la fréquentation d’enrayer sa chute et d’améliorer l’offre de restauration que ce soit en quantitatif ou en qualitatif. Car dans le même temps et avant que le premier visiteur ne profite de l’attraction, il faut amortir ses coûts de construction et financer son personnel…
En se projetant sur la fin de l’exercice, nous pouvons tabler sur une amélioration d’au moins 35 millions d’euros, ce qui nous ferait une perte de 90 millions sur l’année. Perte importante s’il en est, mais pas encore au niveau des pertes de 2012, 2005 et surtout 2004. La situation est grave mais pas désespérée. Et puis la maison mère fera bien un « vrai » geste à un moment ou à un autre. Reste à savoir s’il sera du goût des actionnaires individuels…

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Nos dernières traditionnelles 3 questions à Olivier LAMBERT, responsable investisseurs, avant son départ définitif.

La société arrivera-t-elle à rembourser les 111 millions d’euros à la WDC sur le second semestre ou faut-il s’attendre à un remboursement moindre ?
Olivier Lambert : La société remboursera les 111 millions au 30 septembre. Non seulement c’est prévu et budgétisé mais en plus c’est contractuel. Les sommes prêtées dans le cadre du crédit renouvelable doivent être remboursées sur l’exercice. La trésorerie se dégageant sur le 2ème semestre, cela ne devrait pas poser de problèmes majeurs.

Quelles sont les perspectives sur les T3 et T4 ? Quels sont vos objectifs de résultat ? Je table sur un résultat de – 90M €, et vous ?
O.L. : Le T3 bénéficiant des vacances de Pâques de nombreux pays, les chiffres seront sans doute meilleurs que ceux de l’an dernier. Quant au T4, les réservations, en particulier sur l’Espagne et le Royaume Uni sont très satisfaisantes. Nous sommes beaucoup plus réservés sur la France ; néanmoins, nous espérons que l’ouverture de Ratatouille fera revenir les Franciliens dans nos parcs. Nous n’excluons pas une bonne surprise sur le marché local. Nous surveillons l’évolution des charges, bien sûr afin qu’elles ne grimpent pas trop. L’augmentation des salaires pèsera, comme toujours mais l’ouverture de Ratatouille avec ses nombreux salariés supplémentaires vont aussi jouer.
En ce qui concerne le résultat nous visons au moins l’équilibre bien sûr, mais le S1 va encore nous plomber et le climat économique n’est guère favorable… Nous devrions cependant faire mieux que l’exercice dernier (-78M€ NDLR).

Quelle est la proportion de vos investissements sur la phase qui commence (Hôtels, Attractions, entretien de l’Existant) ?
O.L. : Elle varie en fonction des exercices et des calendriers… Lorsqu’une attraction est en construction, comme Ratatouille en ce moment, la proportion est différente d’une année où rien n’est construit.
De plus les « happenings » comme la saison du printemps de cette année sont comptabilisés avec l’entretien de l’existant. Et les hôtels sont regroupés avec l’entretien des attractions, et comme chaque hôtel a un coût de réfection différent… Difficile donc de donner une réponse précise.
Disons qu’à gros traits, 65% du budget va à l’entretien de l’existant et que 35% va aux attractions nouvelles. Et à l’intérieur de ces budgets, 20-25% environ va aux hôtels, 20-25% à la maintenance des attractions…

Pour discuter des chiffres du 1er semestre sur le forum :
actionnaires-disneyland-paris-f27/resultats-du-premier-semestre-2014-t11322.html

Article : Simplet
Images : Disneyland Paris, VDR