Madame Catherine BERJAL, co-fondatrice de CIAM (Charity Investment Asset Management), l’entreprise gestionnaire du fonds CIMA (Charity Investment & Merger Arbitrage), a eu l’amabilité de nous recevoir et de répondre à nos questions concernant la procédure en cours contre la Walt Disney Company au sujet du groupe Eurodisney. Interview.
 

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Pouvez-vous nous faire une présentation du fonds CIMA. En quoi est-il différent des autres fonds ?
Notre fonds investit sur des valeurs qui font l’objet d’une offre de rachat ou sur lesquelles nous anticipons une offre. A la différence des autres fonds, nous n’excluons pas d’être activistes si nous pensons que le juste prix n’est pas offert, ce qui est le cas dans le dossier Eurodisney.

Pourquoi vous êtes-vous intéressés au dossier Eurodisney ?
Nous avons été étonnés, que suite à l’augmentation de capital, TWDC n’ait pas demandé une exemption à l’AMF de faire une OPO après avoir passé le seuil des 50%. En effet, lors d’augmentations de capital pour des raisons financières, l’AMF accorde systématiquement une exemption. La sortie des minoritaires à bas prix était donc le but de cette manœuvre et non la recapitalisation qui ne nous a pas semblé nécessaire. Nous avons été de surprises en surprises sur EDL, d’abord concernant la valorisation qui ne prenait pas en compte les droits immobiliers (pour €1.9 milliards représentant €2.4 par titre) ainsi que la gestion d’Euro Disney qui n’est géré que dans l’unique intérêt de TWDC et donc contre son propre intérêt social. Les sommes qui ont été prélevées depuis 25 ans et la dilution des minoritaires pour finir de les spolier sont la démonstration de cet état de fait.

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Quel est votre pourcentage dans le capital à la date d’aujourd’hui ?
Plusieurs millions de titres et de nombreux investisseurs nous ont exprimé leur soutien.

Vous êtes aujourd’hui le dernier espoir de nombreux petits porteurs qui s’estiment spoliés par la WDC. Certains articles dans la presse soutiennent, au moins une partie, votre position. Comment expliquez-vous qu’aucune association d’actionnaires minoritaires n’ait intenté une action comme la vôtre ?
Les petits porteurs ont écrit à de nombreuses reprises au régulateur (AMF aujourd’hui) mais nous sommes allés au-delà avec une action civile et pénale. Ce sont des procédures qui coûtent cher. En plus, notre métier tourne depuis toujours autour des M&A (fusions/acquisitions) et donc autour des valorisations de sociétés, ce qui nous donne une grande expertise ainsi qu’une vraie légitimité.

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La justice vous a débouté sévèrement lors du premier procès. Qu’est-ce qui vous fait croire que le Tribunal de Commerce va vous donner raison cette fois-ci ?
Déjà, la justice (cour d’appel) ne nous a pas déboutés sévèrement car aucune des demandes de dommages intérêts de TWDC contre nous n’a été acceptée par le juge. L’arrêt de la cour d’Appel reconnait le caractère légitime de notre demande, mais n’a pas été au-delà. La cour d’appel de Paris a donc fait le choix assumé d’un contrôle purement formel de la conformité des offres publiques obligatoires. Il faut savoir que dans les cas d’appel de décisions de l’AMF, le tribunal tranche systématiquement en faveur de l’AMF. Concernant l’action civile, c’est le Tribunal de Commerce de Meaux qui devra juger. Au vu des éléments que nous lui avons fournis, nous sommes confiants sur l’issue de cette procédure.

Que pensez-vous du conseil de surveillance d’Eurodisney ? Souhaiteriez-vous en faire partie ?
Le conseil de Surveillance de Eurodisney ne fait malheureusement pas son travail et est totalement acquis à TWDC, ce qui décrédibilise son rôle. Je ne souhaite donc pas faire partie de cette farce.

Outre le dédommagement financier, réclamez-vous un changement dans la gestion du groupe Eurodisney ?
Si le dédommagement financier est accepté (930 millions d’euros), cela signifiera que la justice reconnait que les conventions qui ont été mises en place (contrats de gérance, de développement et de redevance de marque) sont illicites. Ces contrats devront donc nécessairement être modifiés conformément à l’intérêt d’Euro Disney.

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Anne-Sophie d’Andlau et Catherine Berjal, co-fondatrices de la société de gestion française CIAM

Cet entretien nous apprend que le fonds CIMA n’est pas venu au hasard ni pour se faire de la publicité aux dépends de la Walt Disney Company. Ils ont des moyens et semblent soutenus par d’autres fonds. Ce ne sont pas les guignols du Canton de Zoug que l’on avait vu apparaître lors de la recapitalisation de 2004.

La première décision de justice recèle également un indice intéressant. Le fonds n’a pas été condamné pour procédure abusive, cela indique concrètement qu’il y avait matière à questionnement sur les sujets soulevés. Enfin, outre un dédommagement à hauteur du préjudice subi par les actionnaires autres que la maison mère américaine, une des principales demandes réside dans la modification des contrats intra-groupe. Or, toute personne un peu au fait du dossier sait que c’est dans ces contrats que se trouve la principale raison des pertes récurrentes depuis la création de la société.

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Le Tribunal de Commerce de Meaux, où la justice devra répondre à la plainte du fonds CIMA à l’encontre de la Walt Disney Company

Il est important de rappeler que le groupe Eurodisney n’est pas directement concerné et que les petits actionnaires ont tout à gagner dans cette procédure. En extrapolant, on peut même considérer qu’avec des charges largement diminuées, la capacité d’investissement dans la destination pourrait être nettement supérieure. Malheureusement, même en cas de condamnation, il est fort probable que la situation ne change guère et que cela débouchera simplement sur une Offre Publique d’Achat pour expulser les derniers récalcitrants…
Nous ne manquerons pas de vous informer de l’avancée de la procédure.

Vous pouvez discuter de cet entretien dans le sujet consacré à l’action en justice de CIMA

Article : Simplet
Photos : CIMA, AMF, Google