Suite à l’annonce du départ de Philippe Gas de la direction de Disneyland Paris vendredi dernier, l’un de nos rédacteurs "Mick77" a souhaité lui adresser une lettre ouverte que nous partageons avec vous ce soir, Zài jiàn mister Président* .

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Monsieur le Président,

Ce n’est pas aujourd’hui, alors que vous annoncez votre départ, après 6 années d’une relation tumultueuse, que nous allons commencer à nous mentir. Je ne verserai donc pas des larmes de crocodile, moi qui n’ai jamais été avare d’une critique quant à votre action pendant ces 6 longues années.

Je dois bien vous l’avouer, votre mandat fut d’abord celui des déceptions. Déceptions, car j’ai cru en vous à votre arrivée. Je me rappelle bien ce jeune dirigeant, encore enthousiaste, qui à l’Assemblée Générale 2008, alors qu’il commentait un bilan qui n’était pas le sien, s’engageait à un avenir meilleur pour la société, allant même jusqu’à s’engager à notre dividende. Cet optimisme teinté de dynamisme, porté par des résultats économiques prometteurs me donnait envie d’y croire.

Et aujourd’hui, qu’en reste-t-il ? Une trésorerie atone. 350 millions de pertes cumulées. Un résultat d’exploitation revenu en négatif. D’un point de vue économique, votre mandat fut celui des occasions manquées. Car de dividende, il n’y aura point eu. Pire, nous en sommes encore plus éloignés que nous l’étions à votre arrivée.

Mais, il y eut La Crise, me direz-vous. La pire depuis 1929. Certes. Mais elle n’a impacté le secteur touristique, et donc notre société, que depuis 2012. Et votre rôle, en tant que dirigeant, était de tout mettre en œuvre pour permettre à la société de la traverser avec le moins de dommages possibles. Or, justement votre stratégie de privilégier le volume avec des offres à bas prix, voire gratuites, s’est révélée mortifère. Au point d’en revenir depuis 2012 (quoique), justement lorsque la crise nous frappait de plein fouet.

Votre choix de maîtriser les coûts par une réduction de l’offre n’a pas manqué de faire grincer des dents. Même si je vous ai régulièrement fait remarquer l’absence de maîtrise des charges, ce choix n’a pas manqué de me faire réagir. En effet, les horaires impromptus des attractions n’ont pas manqué de déboussoler le visiteur. Les fermetures de boutiques et restaurants, souvent mal expliquées, nous ont fait manquer des ventes dans des secteurs pourtant rentables.

Mais c’est surtout, la suppression de la majorité des shows qui nous a le plus peiné. Bien sûr, Disney Dreams!, certainement le meilleur en 22 ans d’existence, est arrivé. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Des 5 scènes qui existaient sur le parc, 2 ont irrémédiablement disparu, 2 vont évoluer et la dernière ne sert plus qu’épisodiquement. Et pourtant, nous touchons l’une des marques de fabrique des parcs Disney. Ce qui fait toute notre force face à la concurrence. Mais je ne serai pas parfaitement honnête si je passais sous silence votre décision de relancer des animations saisonnières que redonnent une part de vie aux parcs, ce dont vous aviez démontré être capable pour les invités VIP, moins pour les guests lambda.

Et pendant ce temps, vous vous refusiez de négocier ce qui était l’objet de notre courroux : la rémunération du gérant. La récompense au commandité malgré son échec. Ce choix des priorités était de votre responsabilité, et pèse lourdement dans votre bilan.

Tout ceci, sans réduire sensiblement le niveau de notre dette. Pire, la situation poussait les créanciers à nous refuser leur confiance et à nous interdire d’utiliser nos fonds propres. A tel point qu’il a fallu que la Maison mère américaine se substitue à elles, mais à prix tel et à des conditions telles, que nous n’avons rien résolu de nos difficultés, si ce n’est repousser de quelques années nos échéances. Un coup pour rien, qui n’aura guère répondu à notre situation.

Alors, me direz-vous, vous avez du aussi remettre en état un parc qui avait souffert de ces 15 années d’exploitation. Certains vous rappelleront qu’il est juste de bonne gestion que d’entretenir son patrimoine. Pas moi. Je vous sais gré d’avoir engagé cette action que vos prédécesseurs avaient préféré laisser à d’autres. Il faut dire que vous n’aviez guère le choix : le Galion prenait l’eau de toute part, certaines attractions menaçaient de s’effondrer et les hôtels semblaient d’un autre âge.
Mais là encore, votre échec sur le plan économique, n’a pas permis de dégager les moyens suffisants pour un plan de réhabilitation qui aurait eu du sens. Le planning des travaux dans les hôtels ne s’achèvera que lorsqu’il sera temps de recommencer.
Et encore, ces travaux n’ont d’intérêt que si on parvient à entretenir ensuite l’existant. Or, le plan d’économies mis en œuvre conduit à des pannes régulières, même dans les attractions réhabilitées, où les ramènent à leur état ante réhabilitation. Le Molly Brown, inauguré en grande pompe en 2011, perd déjà de sa superbe, 3 ans plus tard, sans qu’il ne soit possible de le remplacer faute d’un deuxième navire en état de marche.

Je dois quand même vous féliciter pour avoir su négocier de main de maître un prolongement de la convention de 1987. Même si les pouvoirs publics étaient disposés à vous dérouler le tapis rouge, les avantages acquis à cette occasion sont loin d’être négligeables. Il est juste dommage que vous n’ayez pas réussi à transformer l’essai en signant le Programme Détaillé de la phase IV qui semble se perdre dans les méandres des négociations.
Néanmoins, je ne peux qu’être sceptique face au projet pseudo écologique que sont les Villages-Nature. Un beau projet sur le papier, dans lequel pour un investissement minimum, nous devions ramasser la mise. Et là encore, patatras. Le projet ne se vend pas et c’est à nous de mettre la main à la poche pour garantir le lancement du projet à hauteur de 20 millions d’euros. Voilà un projet bien engagé.

Ah, si, on peut aussi vous féliciter d’avoir su ouvrir le groupe grâce à vos qualités de communiquant. Jamais depuis l’ouverture du premier parc, la société n’aura été aussi présente dans les médias. Ça s’est traduit par l’accueil des sites de fans dans vos plans com, un réel atout pour le groupe. Mais par delà cette communication, y a-t-il eu transparence de votre part ? On est resté à une communication formatée, balisée à l’honneur de la société et de ses actions.
Mais dès que la mécanique se grippe, le bon communicant que vous êtes s’efface très vite. Car votre mandat, fut aussi celui des scandales (suicides de salariés, détournements de fonds au CE), des accidents et à chaque fois, la société n’a pas semblé maîtriser son image, préférant le repli sur soi à la réaction. Il ne nous appartient pas de préjuger du fond, mais l’impression qu’il en est resté est celui d’une société fautive.
L’autre volet fut celui d’une ouverture aux actionnaires avec des tables rondes et des rencontres avec les blogueurs. Là encore, l’initiative est louable, mais à quoi ont-elles servi ? J’y ai été invité plus qu’à mon tour et ai eu l’occasion de faire remonter mes divergences de fond. Mais pour quel résultat ? Communiquer n’est pas que parler, c’est aussi écouter et tenir compte. Là, j’ai plus souvent assisté à des dialogues de sourds entre un Président sûr de sa stratégie malgré les chiffres et des actionnaires désespérés par ces même résultats, sans qu’aucun ne s’accorde sur le diagnostic.

Je vous l’ai dit, votre mandat fut celui des occasions manquées.

Alors au moment de conclure, car comme dans toute relation, il faut en arriver là, que dire ? Car malgré toutes ces récriminations, je n’arrive pas à ne pas vous apprécier. Car derrière nos divergences, il y a l’homme, respectable.
Malgré nos accrochages, vous êtes toujours resté d’une sympathie qui est tout à votre honneur. Et ça, on peut vous en être gré.

Alors, dans votre nouvelle vie, je vous souhaite de rencontrer les succès que vous n’avez pas eu ici, en Europe. Et en hommage à votre successeur, je lève mon verre en vous disant "prosit"

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* Au revoir Monsieur le Président

Pour parler du remplacement de Philippe Gas par Tom Wolber à la rentrée c’est par ici :
actionnaires-disneyland-paris-f27/tom-wolber-remplace-philippe-gas-t11567-20.html

Article : Mick77
Images : Disneyland Paris