Les futurs talents de l’animation française étaient invités cette année à imaginer le quotidien d’une famille de Super-Héros ! Retour sur la remise des prix qui avait lieu au Festival d’Annecy, où nous avons également eu la chance de rencontrer le jury et certains lauréats…

Qu’est ce que le Disney Art Challenge ?

Créé en 2013 par The Walt Disney Company France en partenariat avec Art Ludique, le Disney Art Challenge est devenu au fil des ans un rendez-vous incontournable ! Ce concours annuel a pour vocation d’inspirer, stimuler et mettre en lumière le talent et la créativité des étudiants français dans le domaine des arts graphiques. Il fédère les professionnels de l’animation, du cinéma et de l’art pour récompenser les talents de demain.

Les étudiants de 25 écoles d’animation réunies sous l’égide du RECA (Réseau des Ecoles de Cinéma d’Animation) sont ainsi invités à réaliser un concept art sur une thématique proposée. Il s’agit d’une occasion unique pour eux de montrer et faire connaître l’étendue de leur imagination et de leur créativité.

Depuis sa création, plus de 1 600 étudiants ont déjà participé au Disney Art Challenge. Ce concours offre aux trois lauréats une bourse pour leur permettre de poursuivre leur formation et leurs projets dans les meilleures conditions financières possibles. Il leur permet également d’obtenir la reconnaissance de grands artistes de l’animation, de professionnels et de journalistes passionnés.

L’édition 2018

Cette année, la sixième édition avait pour thème Le quotidien d’une famille de Super-Héros, en écho à la sortie du nouveau film Disney•Pixar Les Indestructibles 2 !

Les étudiants avaient jusqu’à fin avril pour proposer leur concept art suivant des techniques traditionnelles ou digitales (planche graphique). 326 participants ont tenté leur chance. Autant d’œuvres qui ont ensuite été soumises à l’appréciation d’un jury de professionnels qui en a retenu 10 et les a présenté au réalisateur et scénariste Brad Bird qui, avec ses équipes, a choisi les 3 lauréats de cette promotion 2018.

Cette année, le Jury était composé du scénariste et dessinateur Tony Sandoval, de l’auteur-dessinateur Aleksi Briclot, du journaliste grand amateur de BD Thomas Hugues et de l’auteur et dessinateur Davy Mourier. Ils étaient accompagnés par Amélie Poirier, lauréate de l’édition 2017, Jean-Jacques Launier, fondateur d’Art Ludique-Le Musée, et Jean-François Camilleri, Président de The Walt Disney Company France et Benelux.

« Nous sommes heureux de poursuivre, aux côtés du RECA, ce soutien à la promotion de jeunes talents français. L’animation est au cœur de l’identité Disney, et se connecter aux jeunes artistes de demain, les encourager dans leur développement représente beaucoup pour nous. » Jean-François Camilleri

Remise des prix et exposition des œuvres au Festival d’Annecy

Pour la troisième année consécutive, la remise des prix avait lieu lors du Festival International du Film d’Animation d’Annecy ! Les 10 œuvres retenues par le jury ont été dévoilées lors de la cérémonie officielle le 15 juin dans la grande salle de Bonlieu. Brad Bird himself a ensuite annoncé les lauréats et leur a remis leur prix.

La grande gagnante est Emma Sanchez, étudiante à LISAA, pour son œuvre « La Routine ». Sur la deuxième marche du podium, on trouve Rodrigo Sousa (Ecole des Gobelins) récompensé pour « Coup de Pouce ». La 3e place revient à Guillaume Roguier (EMCA) pour « Sur le chemin de l’école ».

Un grand bravo aux 3 lauréats, mais également aux 10 finalistes et aux 316 autres participants pour la qualité de leurs travaux ! Les 326 œuvres présentées par les étudiants ont d’ailleurs été exposées pendant toute la durée du Festival sur les grilles de la Préfecture de Haute-Savoie, à quelques pas de Bonlieu et du lac, pour permettre à chacun de les découvrir.

Du 20 juin au 4 juillet 2018, le public a l’occasion de devenir lui aussi « membre du jury » ! Les internautes sont ainsi invités à choisir leur œuvre préférée parmi les 10 sélectionnées par le jury et voter pour le Prix du Public, qui permettra à son/sa lauréat(e) de recevoir à son tour une bourse Disney Challenge. Pour se faire, rien de plus simple, rendez-vous sur disneyartchallenge.fr.

Rencontre avec le jury et les lauréats

A l’issue de la remise des prix, nous avons eu le plaisir de pouvoir échanger avec une partie du jury et des lauréats… l’occasion de leur poser quelques questions sur leur motivations ou encore leur lien avec Disney !

Aleksi Briclot est auteur-dessinateur. Il réalise régulièrement des illustrations et des concept-arts pour les jeux-vidéos. Il est le co-fondateur du studio Dontnod Entertainment qui a développé notamment les jeux Life is Strange ou Remember Me. Depuis 2 ans, il est également concept-artist pour Marvel Studios, il a ainsi travaillé sur Avengers : Infinity War, Thor : Ragnarok, Captain Marvel ou Ant-Man et la Guêpe.

Tony Sandoval est dessinateur. On lui doit Doomboy, Mille Tempêtes ou encore Futura Nostalgia. Récemment, il a travaillé sur la bande-dessinée tirée du film Coco sur laquelle il a fait le dessin « avant que le reste de l’équipe avec des gens très talentueux ne fasse la mise en couleurs ».

Comment avez-vous intégré le jury ?

[AB] C’est grâce aux connexions naturelles que j’ai avec Disney (NDA : Marvel appartenant à Disney), mais c’est également une invitation de Diane et Jean-Jacques Launier du musée Art Ludique dans lequel j’ai eu la chance d’être exposé plusieurs fois.

[TS] Je pense que ça s’est fait naturellement grâce à mes contacts dans le milieu artistique. Dernièrement, je me trouve plus ouvert à travailler un petit peu au-delà de la bande-dessinée.

Qu’est-ce qui vous a plus dans le thème « Le Quotidien des Super-Héros » ?

[AB] Ce sujet créée une connexion avec mon travail dans les comics Marvel, la bande dessinée et l’illustration. J’ai également travaillé sur des projets de films d’autres compagnies qui traitaient de thèmes très similaires.

[TS] Les Super-Héros ont été un de mes premiers contacts avec le dessin. J’adore les histoires épiques, je n’aime pas beaucoup les supers héros aux actualités, mais les histoires épiques oui. Et je trouve que c’est très satisfaisant de trouver du quotidien dans ces ouvres épiques.

Qu’avez-vous recherché dans les œuvres pour faire votre choix ?

[AB] Il y a une espèce de feeling, puis une réflexion. Une première sélection s’opère assez vite en passant les images les unes après les autres, d’abord sans prêter attention au texte lié aux œuvres pour vraiment laisser parler l’image qui doit fonctionner par elle-même. L’idée, la force que dégage l’image et la facture, la touche, comment l’image a été réalisée ont permis d’affiner mes choix.

[TS] J’aime beaucoup la forme, j’aime voir comment les gens dessinent les formes. Principalement je vois le dessin. Si il m’appelle, après je vais voir comment l’étudiant a intégré le sujet. Je suis une personne très visuelle.

Que représente Disney pour vous ?

[AB] Au niveau professionnel, c’est un de mes clients privilégiés. Sinon, pour moi c’est plus la culture Marvel et Star Wars qui ont été fondateurs étant enfant, les effets spéciaux et les univers notamment. Avant de dessiner, je faisais des maquettes dans mon jardin de vaisseaux spatiaux, des masques en latex… Après c’est la lecture des comics Marvel qui m’a influencé et poussé à dessiner.

[TS] C’est la grosse boite qui pond les meilleurs dessinateurs du monde. Il y a pas mal de films très sympas qui font partie de la jeunesse. Mais ce que j’adore, c’est la qualité des travailleurs. Je ne suis pas toujours touché par les histoires, mais visuellement la qualité est impeccable et je suis fan de ça.

A l’instar des 326 étudiants qui ont participé à cette 6ème édition du Disney Art Challenge, l’artiste Tony Sandoval a créé une planche graphique autour du thème du concours de cette année et a lui aussi imaginé le quotidien des super-héros…

Lauréate de l’édition 2017 avec son œuvre « Après l’école », Amélie Poirier a eu la chance d’intégrer le jury du Disney Art Challenge cette année et participer ainsi à la désignation de son successeur.

Un an plus tard, quel bilan fais-tu de ta victoire ?

[AP] Financièrement parlant, cela m’a permis de finir de payer ses études… Et cela m’a aussi permis de vivre des expériences intéressantes, comme être membre du jury de cette édition.

Qu’est-ce qui-t-a plus dans le thème « Le Quotidien des Super-Héros » ?

[AP] Le thème ne m’a pas inspiré tant que ça, j’étais bien contente de ne pas avoir participé cette année. Mais les Super-Héros c’est quand même quelque chose qui a baigné mon enfance, j’adorais la série animée Batman, c’était fascinant.

Qu’as-tu recherché dans les œuvres pour faire ton choix ?

[AP] J’ai essayé de trouver des dessins graphiquement très très fort. Vu que dans le quotidien d’une famille il y a souvent des choses qui reviennent, j’essayais quand même de voir ce qui pouvait faire sortir une œuvre du lot, un petit détail qui rendait le tout plus intéressant.

Que représente Disney pour toi ?

[AP] Mon enfance. Avant on ne connaissait pas forcément autre chose. C’est ce que je regardais le matin en VHS quand j’étais gamine, ça a fait ma toute première culture cinématographique.

La grande lauréate de cette année s’appelle Emma Sanchez, elle a 19 ans et va entrer en troisième année d’animation à LISAA à Paris. Le lauréat #2 s’appelle Rodrigo Sousa, il 21 ans et est étudiant à l’École de l’image des Gobelins.

Qu’est qui vous a poussé à participer à ce concours ?

[ES] J’adore Disney, c’est tout mon univers en fait. J’avais déjà participé l’année dernière, j’avais adoré l’ambiance du Festival donc je me suis dit « là j’y retourne, je tente ma chance ».

[RS] C’est un rendez-vous entre les écoles d’animation françaises et pas mal de collègues de ma classe y participaient. C’est ma troisième participation cette année.

Quelles ont été vos inspirations ?

[ES] Pendant ma première année j’avais fait un projet avec un super héros, un petit garçon, j’ai un peu réadapté l’idée que j’avais eu. Je trouvais que ça collait bien avec le thème donc je me suis dit « essaye ça, on verra… » et ça a marché !

[RS] J’ai commencé par faire le dessin au crayon, il y avait une inspiration de Andrea Serio, il dessine des arbres au crayon et le traitement m’intéressait et du coup j’ai essayé de faire un peu pareil. Pour les couleurs, je me suis un peu inspiré de Wes Anderson qui utilise des couleurs un peu pastel et j’ai pris un peu ce style. C’est un mélange de crayon sur papier et de digital pour les couleurs.

Que représente Disney pour vous ?

[ES] Je regarde des Disney depuis toute petite, c’est un peu comme ma vie. Tout ce que j’ai autour de moi tourne un peu autour de Disney. Et travailler là-bas ça serait un rêve en fait.
J’aime tout ce qui tourne autour des personnages, j’aime bien le story-board, raconter les histoires, dessiner les personnages. Mais dans Disney c »est vraiment toute la magie qui me plait, c’est vraiment un truc particulier.

[RS] Malgré nous c’est toujours un peu l’enfance, c’est là depuis tout le temps. Dernièrement ça commence à devenir autre chose avec l’arrivée de Marvel et Pixar. Ça prend une ampleur gigantesque. Disney est toujours présent dans ma vie, dans la vie d’un illustrateur ou d’un animateur ça nous accompagne toujours.

Pour finir cette belle série d’interviews, nous avons pu échanger Jean-Jacques Launier, fondateur d’Art Ludique-Le Musée et co-créateur du Disney Art Challenge (avec Jean-François Camilleri).

Quel était votre souhait en créant ce concours il y a 6 ans ?

Étant proche de l’univers de l’animation, passionné d’expositions et de dessins, l’intérêt pour les étudiants et les jeunes est naturel. On a émis l’idée avec Jean-François Camilleri de faire un concours, que Disney puisse participer à aider des étudiants. On a commencé à réfléchir à ce qu’on pourrait faire. Au début, on s’est dit que ça serait bien de les inviter chez Pixar, pour leur montrer le quotidien du studio. Mais en allant dans les écoles, on s’est rendu compte que les étudiants avaient souvent vraiment tout simplement besoin d’argent, et que certes c’était très sympa de les emmener aux Etats-Unis, mais que les aider à payer leur loyer ou un voyage de découverte… c’était sans doute plus constructif, et c’est ainsi qu’est née cette bourse.

Chaque année, on cherche un jury compétent de professionnels très ouverts. Cette année on a Aleksi Briclot qui est quand même un français qui travaille pour Marvel, qui a dessiné énormément de character designs pour Avengers, pour Thor…. On a aussi quelqu’un comme Tony Sandoval qui est un artiste mexicain qui est extrêmement talentueux dans un autre univers et je trouve que c’est vraiment intéressant pour ces jeunes de bénéficier d’un regard comme ça, d’être soutenus. Et puis en prime il y a la consécration, être adoubé par Brad Bird.

Cela fait six ans qu’on travaille sur ce Disney Art Challenge et on voit que c’est extrêmement bénéfique. Camille André, la première gagnante travaille maintenant à Burbank aux Walt Disney Animation Studios. C’est génial car elle était très émue de gagner ce premier concours et son rêve c’était ça. Quand les étudiants gagnent, ça les aide financièrement mais ça leur donne aussi un titre honorifique qui leur permet plus facilement – d’une certaine façon – de trouver du boulot. Je trouve que c’est génial que Disney participe à cet univers là et soit finalement le moteur de cette opération.

Pourquoi les Super-Héros ?

Moi je suis passionné de super-héros, on a fait de grandes expositions avec Marvel [NDA : au Musée ou à la Galerie Art Ludique] et on adore cet univers-là. Cela va plus loin qu’il n’y parait, c’est un peu notre mythologie contemporaine, ce sont des personnages fascinants quand on veut bien se donner la peine de s’y consacrer. Je crois qu’il y a beaucoup de choses sur la sociologie, sur la philosophie et bien sûr sur la création artistique qui émanent des super-héros. Je trouvais donc que c’était un thème extrêmement porteur. Ça l’a été dans ce concours, et c’est vrai que Brad Bird à travers les Indestructibles donne une version très intéressante aussi. Il y a eu le genre de la chevalerie au XIIème siècle, il y a le genre policier, le genre western… les super-héros ont – grosso modo – 80 ans, c’est un genre plutôt récent, et ce qui est génial c’est que justement ça permet des réinterprétations qui sont fantastiques.

Comment choisissez-vous les œuvres ?

J’ai la chance de participer à chaque jury depuis sa création. Je lis les notes d’intention des participants et je regarde les dessins. J’ai d’ailleurs moi-même fait une école de dessin, c’est comme ça que je me suis lancé en étant directeur artistique. J’aime bien quand il y a une facture figurative, narrative et un vrai talent de dessinateur. Et puis il faut que ça raconte quelque chose, puisque le propos du dessin c’est qu’il puisse raconter rapidement une histoire. Je pense que ce qui est important c’est que ça suive un thème imposé, puisque c’est souvent ce qu’on demande aux artistes qui travaillent dans l’animation ou le jeu vidéo c’est qu’ils puissent coller à une histoire, mais qu’il y ait en même temps une dynamique, une créativité, un sens de l’innovation et un vrai talent dans le dessin.

Que représente Disney pour vous ?

Disney pour moi c’est un des plus grands artistes contemporains clairement. Walt Disney a été un visionnaire, on avait d’ailleurs fait une expo au musée (Art Ludique) que l’on avait écrite avec nos équipes en France sur le côté visionnaire de Disney, sur la façon dont il a accompagné les grands mouvements artistiques de son époque. Que ce soit le cubisme avec La Belle au Bois Dormant, le surréalisme avec Dumbo, ou même l’abstraction avec Fantasia, c’est intéressant de voir à quel point Walt Disney a été visionnaire. Il a inventé des systèmes. C’est lui qui a amené la couleur dans l’animation, c’est lui qui fait le premier long métrage en animation… et ses héritiers des studios Disney et bien ce sont eux qui ont créé le premier film d’animation en 3D.

Ce qu’on a tendance à un peu oublier, c’est que ce n’est pas qu’un capitaine d’industrie, c’est d’abord un passionné. Par exemple quand il fait Steamboat Willie, ce fameux film d’animation où on voit Mickey tourner sa roue de bateau en sifflotant, et bien c’est la première fois qu’on fait du son synchronisé. C’est la première fois au cinéma qu’on avait en même temps le son qui était synchronisé avec l’image, et pas simplement un pianiste dans le coin qui jouait quelques notes pendant que le film passait. C’était une révolution ! Disney tenait tellement à ce que ça réussisse que pour financer ce projet il a été jusqu’à vendre sa voiture. Ce petit exemple montre bien que c’était avant tout un passionné, un visionnaire et un créatif.

Un grand merci à Renaud Hamard et Aude Thomas pour les interviews ! Merci également à Diane et Jean-Jacques Launier de Art Ludique !