Le vendredi 15 juin dernier, Les Indestructibles 2, le nouveau film Disney•Pixar, était présenté en avant-première européenne au Festival international du film d’animation d’Annecy ! Le réalisateur Brad Bird et les producteurs Nicole Grindle et John Walker avaient fait le déplacement, et nous avons eu le plaisir de pouvoir les rencontrer !

Brad Bird était présent pour la première fois au festival, où il a reçu un Cristal d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. Ce génie créateur a mis en scène Les Indestructibles, qui a obtenu l’Oscar du meilleur film d’animation. Il a également réalisé pour les studios Pixar Ratatouille en 2007. Son premier long-métrage d’animation Le Géant de Fer en 1999 a été couronné aux BAFTA Awards. En 2011, il fait un détour par la prise de vues réelles avec l’excellent Mission Impossible : Protocole Fantôme, suivi de A la poursuite de demain en 2015.

Les producteurs Nicole Grindle et John Walker avaient également fait le déplacement pour présenter le film aux Festivaliers…

Nous avons eu la chance et le plaisir de rencontrer l’équipe du film lors d’une table ronde en compagnie d’autres journalistes et de pouvoir échanger avec eux sur leur travail. Enjoy !

Comment votre expérience sur les films « live » vous a influencé dans votre façon de réaliser un film d’animation ?

[Brad Bird] Je le perçois plutôt dans l’autre sens. Quand j’ai fait Les Indestructibles, Tom Cruise a vraiment aimé le film et sa mise en scène. Il m’a demandé de venir chez lui et on a parlé pendant environ 3 heures de cinéma, des choses qu’on aimait et il m’a dit « Si tu as envie de faire un film (live) d’action un jour, j’aimerais en faire un avec toi ! ». Ce que j’ai vraiment apprécié c’est qu’il a estimé qu’une bonne mise en scène en animation pouvait fonctionner autant qu’une bonne mise en scène en « live ». Quelques années plus tard on a fait Mission Impossible : Protocole Fantôme et Tom Cruise a fait regarder à son équipe de cascadeurs des scènes des (Les) Indestructibles et du (Le) Géant de Fer !

Pour revenir à ce en quoi le « live action » m’a influencé, je dirais que c’est de regarder la montre de plus près parce que l’argent a tendance à s’envoler beaucoup plus vite qu’en animation ! Mais quoi qu’il en soit, à chaque fois que vous racontez une histoire, quelque soit le medium, vous gagnez en expérience.

[John Walker] Je pense que l’expérience de Brad dans le « live » l’a aidé à faire des choix et à couper des choses plus rapidement ! « On coupe, Darling ! »

[Nicole Grindle] Quelque chose que nous avons emprunté aux films « live action» c’est un coordinateur de combat, Rob Alonzo. Il a coaché nos animateurs et nos « caméraman » (virtuels).

[BB] Ce n’est pas de la mise en scène pure, c’est plutôt une façon de « filmer » la bataille pour qu’elle soit le plus réaliste possible. Il nous a également donné des conseils sur la façon de mettre en scène les combats, les différents styles ou encore la stratégie. J’ai travaillé avec lui sur mes précédents films, on avait déjà parlé animation et je savais qu’il avait étudié l’animation à la fac et qu’il en était un grand fan. Il a été à la fois surpris et ravi quand je lui ai proposé de venir nous aider sur ce film, mais il accepté avec grand plaisir !

Comment avez-vous fait en sorte que Les Indestructibles 2 se différencient de tous les autres super héros actuels, qui sont devenus communs en 2018 ?

[BB] C’est la même chose qui différenciait déjà le premier film, c’est que c’est avant tout un film sur une famille avec une pointe de super-héros plutôt qu’un film sur les super-héros. C’est pour ça que nous sommes confiants dans notre positionnement, et les familles montrent d’ailleurs un grand intérêt pour découvrir le film.

On m’a proposé plusieurs films « live » de super-héros, certains sont devenu de vrais succès, certainement parce que je n’y étais pas impliqué. Quand viendra le temps où je devrai faire un film de super-héros, ce sera mes propres personnages et pas ceux de quelqu’un d’autre. C’était aussi une des raisons de faire un second volet à la saga des (Les) Indestructibles.

Est-ce que l’animation a beaucoup changé entre ces deux films ?

[BB] Tout est devenu beaucoup plus simple, l’équipement est meilleur, les artistes ont plus d’expérience. Ces dernières années, on a de nombreux jeunes artistes venus de partout dans le monde qui ont rejoint Pixar, ils avaient découvert le premier film au cinéma et ils ont fait un boulot merveilleux sur le deuxième. La réalisation du premier film avait été compliquée, mais aujourd’hui la technique est fonctionnelle ! Ce qui reste compliqué à créer ce sont les histoires, ce qui est vrai que vous fassiez un film à 10 dollars ou à 200 millions !

Pourquoi les histoires sont-elles si difficiles à créer ?

[BB] Les histoires doivent avoir l’air de quelque chose de spontanées, être logiques. Vous ne devez pas savoir où elles vous mènent, mais une fois que vous y êtes ça doit avoir du sens pour vous.

[NG] Et si vous ajoutez à cela le rythme de la production… On construisait le film par morceaux pendant que Brad écrivait l’histoire. Il fallait coller les morceaux entre eux. Parfois on en changeait certains, parfois on devrait jeter quelque chose qui allait trop loin par rapport à ce qu’on avait pu penser. Tout cela ajoute à la difficulté.

[BB] Mais de nombreuses choses coupées pendant la production seront dans les bonus vidéos !

Pouvez-vous en dire un peu plus sur votre collaboration avec Michael Giacchino ?

[BB] Les Indestructibles était la première bande-originale de film de Michael et on lui a fait confiance tout de suite. Je me souviens qu’on a parlé de la musique de Johnny Quest et il la connaissait très bien, c’était comme retrouver le petit voisin avec qui je jouais quand j’étais petit. Nous n’étions pas d’accord sur tout mais nous avons tout de suite eu une grande complicité.

J’avais des tas de CD de différents compositeurs, et ce qui différencie Michael c’est qu’il peut jouer n’importe quel style, y mettre des émotions et se l’approprier. Il peut faire quelque chose qui sonne deuxième Guerre Mondiale, quelque chose avec des tonalités Jazz ou bien encore quelque chose dans le genre « spatial ». J’ai un grand respect pour ses capacités. Il a fait la bande-originale pour un court-métrage de Dingo, Comment brancher son home cinéma ?. Pour ça, il a étudié les musiques des anciens courts métrages de Dingo et a créé une musique moderne qui donne l’air d’avoir été créée à cette époque-là mais qui pourtant était une musique 100% originale.

Les gens ne sont pas aussi bons (!) alors j’essaie de rester très proche de lui, de lui donner mes trois prochaines idées pour le coincer avec moi et que personne d’autre ne puisse l’avoir pour telle ou telle période. Il faut espérer que nous ayons tous deux de très longues vies et que l’on pourra faire plein de choses ensemble. Mais il sera déjà sur le prochain que je veux faire !

[NG] Quel que soit le projet !

Quelle est l’inspiration de la voix d’Edna ? (NDA : Brad Bird fait la voix originale du personnage)

[BB] D’abord j’ai essayé de savoir qui elle était, et j’ai pensé qu’elle était à moitié-allemande et à moitié-japonaise. Et là vous allez dire « Pourquoi ? », et bien je le sens, je peux le sentir ! En fait ce sont deux petits pays qui ont tous deux une grande influence, en avance technologiquement, les meilleures appareils photos et les meilleures voitures viennent de ces pays. Petits pays, grande voix, et c’est en quelque sorte ce qu’elle est. Elle arrive dans une pièce, elle est toute petite mais elle occupe l’espace face aux super-héros !

[JW] Nous avons tenté de décrire cela aux actrices que nous avons auditionnées. « Vous voulez quoi ? » « On veut ce mélange d’allemand et de japonais » et leur réaction était souvent « Pardon ? ». Personne ne savait ce que ça signifiait, personne ne savait comment faire ça et Brad le faisait et elles essayaient de l’imiter mais ce n’était vraiment pas possible elles l’imitaient lui…

[NG] Mais il savait exactement ce qu’il voulait, et c’était bien !

Qu’avez-vous eu à couper sur le film : moins de supers-héros ou moins d’action?

[BB] Je n’ai pas assez de recul sur le film pour vous donner une réponse. Tout ce que je sais c’est que j’ai tourné un tas de choses que je n’ai pas utilisé. Je suis allé droit au but avec ce film, plus encore que dans tous mes films précédents, notamment parce qu’on a eu un an de moins de production que prévu. Donc si quelque chose ne servait pas l’histoire principale, on s’en débarrassait.

[NG] Mais il y a eu plusieurs fins, vraiment différentes !

[BB] Différents débuts aussi, de nouveaux personnages qui m’intéressaient…

[NG] Ces différentes histoires n’arrivaient pas à trouver leur place dans la trame principale.

[BB] J’ai probablement tourné 2 films en plus… enfin pas vraiment des films, mais beaucoup de scènes, plein de possibilités. Je suis devenu un peu fou avec tout ça donc quand quelqu’un me disait « nous n’avons pas assez de tel personnage », ma réaction était « Ahhhhhhh, tu ne comprends rien, j’ai tué des tas de personnages, j’ai détruit des villes entières de bonnes idées… et tu te plains pour un personnage ? Sors d’ici tout de suite ! » Je suis vraiment comme ça. Dans 6 mois, j’irai mieux !

Les attentes des spectateurs sont énormes. Je vois sur Internet les gens qui écrivent « Il n’a pas intérêt à me décevoir » et cela a tendance à me motiver encore pour faire un film réussi ! On avait beau avoir un an de moins pour faire le film, on ne voulait pas être un iota en dessous de ce que les gens attendent d’un Pixar, ce qui est un standard très élevé. Du coup, dans une telle situation, on ne pouvait pas passer du temps sur chaque idée : si une ne fonctionnait pas, elle était supprimée et on passait à la suivante ! C’était fou, mais on l’a fait et je pense que le résultat est à la hauteur, et surtout j’espère que la magie va opérer et que les gens vont croire qu’on savait ce qu’on faisait !

Pouvez-vous nous parler de l’évolution de Violette et du traitement de l’adolescence ?

[BB] Je pense que Violette a un rôle très important, plus encore que dans le premier. Si vous regardez les deux films, vous pouvez voir qu’elle a beaucoup d’autocritique, qu’elle est sur la défensive comme beaucoup d’adolescents. C’est une phase de la vie entre l’enfance et l’adulte où vous êtes un peu perdu, vous essayez de vous trouver et c’est quelque chose que tout le monde traverse un jour !

Je pense que le message est sur l’importance de trouver son équilibre sur les bonnes idées. Je ne veux pas dire qu’il n’y a qu’une façon de penser, mais l’important est de s’orienter sur quelque chose qui est bon pour vous, une chose en laquelle vous pouvez croire. Soyez la personne en laquelle vous avez envie de croire. Il y a une phrase dans Le Géant de Fer qui dit « Soyez celui que vous choisissez d’être », ça signifie que quelles que soient les circonstances, l’environnement dans lequel vous êtes né, c’est à vous de choisir d’être qui vous voulez ! Vous agissez comme cette personne dans un premier temps et à force d’agir encore et encore comme cette personne, vous devenez cette personne.

Dans le premier film, Violette se cachait derrière ses cheveux, puis elle a commencé à prendre conscience d’elle-même et elle a commencé à s’extérioriser. Dans le deuxième opus, elle s’extériorise plus, elle est plus sûre d’elle-même ! C’est toujours un challenge, mais elle trouve sa voie et je pense que c’est un message pour tous.

Pourquoi un cookie pour Jack Jack ?

[BB] Les enfants aiment les cookies, tout le monde aime les cookies. Il n’y a pas d’explication plus profonde à ça.

Quid d’un troisième opus ?

[BB] C’est comme venir voir quelqu’un a la maternité et lui dire « Alors c’est quand le prochain ? des jumeaux cette fois ? » Je pense qu’on ne pourra pas y répondre avant longtemps.

Merci aux studios Pixar et aux équipes de Disney France pour cette rencontre !